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mercredi 22 mai 2024

Quand on attend du criminel qu’il enquête sur son crime

Les pays occidentaux dont des ressortissants faisant partie du convoi de l’organisation humanitaire World Central Kitchen anéanti par une frappe israélienne, il y a de cela deux jours, ont protesté auprès du gouvernement d’Israël, d’autant plus vivement qu’ils sont des alliés de celui-ci. Leurs responsables ont convoqué les représentants d’Israël sur leur sol, dans un geste qui se voulait fracassant, mais qui en réalité était seulement pour la galerie, autrement en effet leurs propres opinions ne comprendraient pas que des citoyens du monde libre soient tués à Ghaza comme s’ils étaient des Palestiniens. Si World Central Kitchen n’employait que des Palestiniens, et qu’Israël se soit appliqué à les sortir du tableau, comme il a fait des travailleurs d’autres organisations humanitaires, ceux de l’UNRWA en particulier, dont il a déjà liquidé 400, cela serait déplorable sans doute, critiquable même, mais qu’il n’épargne pas même les ressortissants de pays plus qu’amis, alliés, voilà qui est troublant ; mieux, révoltant. Ces pays très mécontents d’avoir été ciblés par Israël en la personne de leurs ressortissants assassinés, car en l’occurrence c’est là le mot qui convient, n’ont pas fait que convoquer les représentants israéliens, ils ont exigé une enquête rapide et rigoureuse sur les circonstances du crime, sur ses tenants et ses aboutissants.

Des Etats en principe très à cheval sur les questions de droit, mais qui trouvent normal de demander au criminel d’enquêter sur son crime, et de leur faire connaître ses conclusions, dont ils se contenteront, parce qu’elles seront celles d’un Etat de droit comme eux. Vous voulez une enquête ? Qu’à cela ne tienne, en voici déjà le résultat : l’attaque a été une tragique erreur, et Israël fera en sorte qu’elle ne se reproduise pas. Telles ont été en substance les premières, et probablement les dernières leçons tirées de ce douloureux incident, formulées en toute transparence par le chef d’état-major de l’armée d’Israël dans l’heure qui a suivi. Maintenant, on peut toujours se demander quelle aurait été la réaction des Etats-Unis si au nombre des morts il y avait aussi des Américains. Cette question se pose d’autant plus que le président américain a été plus critique envers Israël, en disant que celui-ci n’avait rien fait pour la protection des travailleurs de l’aide humanitaire, que les pays frappés par le crime. Il n’a pas été jusqu’à suggérer qu’en fait c’était le coupable qui les a tués, mais enfin, c’est ce que serait tenté d’entendre un antisioniste ordinaire de ses propos. Biden, en effet, n’a pas dit qu’Israël était entièrement étranger à ce crime. Il n’a pas fait suffisamment pour la protection des humanitaires, cela peut vouloir dire qu’il les a laissés à la merci d’une erreur sanglante, qui à Ghaza ne peut être commise que par lui. Si même en n’ayant pas de ressortissants dans le nombre des victimes, le président américain n’a somme toute pas entièrement mis hors de cause Israël dans cette affaire, de quoi ne l’aurait-il pas accusé si des citoyens américains en faisaient partie ? Une éventualité d’autant moins lointaine que World Central Kitchen est basée aux Etats-Unis. Les responsables israéliens ont assuré leurs alliés que des «erreurs» de ce genre ne se reproduiront pas. Et pour cause, les organisations humanitaires autres que l’UNRWA ont déjà quitté Ghaza. La dernière à s’y trouver encore vient de décider de s’en aller à son tour.

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