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jeudi 25 avril 2024

Quand le président français fait sensation à moindre frais

Devant les médias, à l’issue de la conférence européenne de soutien à l’Ukraine tenue à Paris le 26 février, deux années après le début de la guerre, le président français s’est fendu de propos qui pour le moins ne sont pas passés inaperçus, selon lesquels il n’excluait pas que les puissances occidentales en viennent un jour à envoyer leurs propres soldats se battre contre la Russie en Ukraine. La façon dont cela a été dit est en soi l’aveu que ces mêmes puissances étant déjà engagées dans la guerre, au fond il ne leur reste plus qu’à laisser tomber leurs dernières préventions et à dépêcher leurs propres forces appuyer l’armée ukrainienne, maintenant qu’une victoire russe tend à se préciser. Passons sur le fait qu’en une matière aussi lourde de conséquences, le président français n’est pas aux yeux des autres dirigeants européens la personne la mieux placée pour prendre l’initiative d’en parler le premier. D’autres que lui le seraient davantage. Si au lieu de lui, le président américain par exemple, ou quelque général américain, ou même le secrétaire général de l’Otan, avaient eu les mêmes propos, ceux-ci auraient eu plus de poids, tant à leur niveau qu’à celui des Russes.

Une part au moins des réactions qu’ils ont suscitées pourrait s’expliquer par l’inadéquation qu’il y a entre leur auteur et leur portée. Ce n’est pas au président français de leur demander de se préparer à une véritable guerre avec la Russie au prétexte qu’elle serait en train de prendre le dessus sur l’Ukraine. Nombre de ceux qui étaient présents à la conférence ont ensuite pris soin d’apporter la contradiction à Emmanuel Macron en révélant au grand public que ce n’était pas de cela qu’il avait été question entre eux, qu’en réalité ils ne comprenaient pas quelle mouche l’avait piqué pour faire ce genre de déclaration, qu’eux-mêmes n’avaient aucunement l’intention d’envoyer des troupes en Ukraine, etc., etc. La réalité, c’est que Macron n’a en l’espèce rien dit qui puisse être contredit ou démenti. Il n’a pas affirmé que l’Europe et ses alliés allaient envoyer des troupes en Ukraine, mais seulement que lui personnellement était certain qu’ils seraient contraints de prendre une décision de ce genre s’ils voyaient que la guerre tournait bel et bien à l’avantage de la Russie. La conférence de Paris marquait la deuxième année de guerre ; il se trouve aussi qu’elle coïncidait avec la prise d’Avdiivka par les Russes, au bout de plusieurs mois d’une bataille implacable. Depuis, les forces russes sont passées à l’offensive, dans l’axe d’Avdiivka évidemment, mais aussi sur d’autres points du front. Que Moscou se prépare à lancer une offensive d’envergure est une hypothèse que les Occidentaux sont bien obligés de prendre en compte. Si comme le dit désormais publiquement l’un de leurs dirigeants, tout est à envisager mise à part une victoire de la Russie, leur entrée en guerre, c’est-à-dire le passage de la guerre par Ukrainiens interposés à une guerre menée avec ses propres troupes, avec son sang et sa chair, est forcément une possibilité qu’ils ont discutée en long et en large entre eux, et pas qu’à Paris. Emmanuel Macron a fait sensation en disant une évidence, en annonçant la suite logique de ce qu’ils font tout ensemble depuis maintenant deux ans. Les mêmes, a-t-il expliqué, qui au moment où la guerre éclatait se refusaient à envoyer autres choses que des casques et des couvertures envoient maintenant des canons et des chars, et bientôt des avions. C’est que le cours de la guerre amène à faire ce à quoi on renâclait beaucoup quand elle commençait.

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