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samedi 25 juin 2022

Qualités

Les relations entre Jean-Marie Le Pen et sa fille se sont désagrégées ces dernières années, après que Marine Le Pen ait décidé de mettre un terme à la tolérance du Front National qu’elle présidait face aux multiples dérapages de son père. Elle avait même fini par l’exclure du mouvement qu’il avait lui-même créé quarante ans auparavant. En réponse, le patriarche n’avait pas retenu ses critiques quant à la ligne politique de sa fille et n’hésitait pas à la désavouer publiquement. Pourtant, Jean-Marie Le Pen souhaite aujourd’hui la victoire à la présidentielle de 2022 de celle qui lui a succédé à la tête du FN et qui depuis est devenu le Rassemblement National, bien qu’il affirme ne pas se reconnaître dans le parti qu’elle préside depuis 10 ans et que lui-même a dirigé près de 40 ans. «Je souhaite que Marine Le Pen soit au deuxième tour et même, si j’ose dire, au troisième. Elle ou un candidat qui représente la droite nationale et populaire pour laquelle je me suis battu pendant 50 ans», a déclaré dans un entretien le cofondateur du Front national depuis ses bureaux de Montretout à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Le «Menhir» pense que la présidente du RN a ses chances. «Je ne dis pas qu’elle n’a pas de chances (de gagner), non, au contraire» «Mais tout dépend des (autres) candidats, s’il y en a beaucoup, ou peu, et des événements, de la conjoncture économique sociale politique et même médicale», note l’ancien dirigeant d’extrême droite, âgé de 92 ans. Il loue les «qualités remarquables» de sa petite-fille Marion Maréchal, «l’intelligence, le courage, la culture, la volonté», mais n’oublie pas les «qualités exceptionnelles» de sa fille, qui occupe désormais «un poste de premier plan dans la politique française». Jean-Marie Le Pen prédit à la présidentielle une «abondance de candidats», ce qui «avantage plutôt les candidats dont les noms sont déjà bien connus, comme celui de Marine Le Pen». Il parie que «ce sont les personnalités qui marqueront le scrutin», en raison d’une «individualisation de la politique», se désolant que tous les partis, y compris le RN, «aient perdu progressivement de leur importance, de leur force». Jean-Marie Le Pen «ne voit pas forcément Emmanuel Macron candidat», mais il pense qu’à droite, les candidats seront «légion» et que le parti Les Républicains peut «exploser». La gauche, il la «croit grièvement blessée», car «en politique on n’est jamais mort». «Non», l’ancien président du FN ne se reconnaît pas dans le parti présidé par sa fille, qui l’en a exclu en 2015 après ses dérapages sur la Shoah, et dont le changement de nom a été pour lui «une rupture». Mais «c’est probablement la formation politique qui est la plus proche de ce que je pense», affirme Jean-Marie Le Pen, en se félicitant que le parti «se soit rapproché de la ligne traditionnelle du FN», ni droite ni gauche, depuis le départ en 2017 de l’ex-numéro deux Florian Philippot. Dans son Journal de bord diffusé vendredi, le fondateur du FN qualifie d’«erreur stratégique» la «dédiabolisation» menée par sa fille. «Quand on veut se dédiaboliser, c’est déjà reconnaître qu’on était le diable et qu’on méritait de l’être», dit-il. Et de poursuivre : «Il faut défendre ses idées, et il est évident qu’elles paraissent toujours diaboliques à vos adversaires». Si cette déclaration de Jean-Marie Le Pen ne convaincra aucun électeur de voter pour le RN, elle pourrait convaincre les anciens électeurs du FN, qui, échaudés par la politique plus tiède et européiste de Marine Le Pen, pourraient décider de suivre leur ancien leader et voter pour celle qui, selon eux, à trahi l’héritage de celui qui avait brisé le plafond de verre en 2002 en se hissant au second tour de l’élection présidentielle.

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