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vendredi 4 décembre 2020

Proche-Orient: Pompeo dans une colonie israélienne et au Golan, une première pour un secrétaire d’État

Première visite d’un secrétaire d’État américain au Golan et dans une colonie en Cisjordanie occupée, défense arc-boutée du label «Made in Israel» : Mike Pompeo a profité jeudi de sa tournée d’adieu au Moyen-Orient pour ancrer l’héritage de l’administration Trump en faveur de l’État sioniste.

Par Mourad M.

Sous une haute escorte militaire, le chef de la diplomatie américaine a visité jeudi après-midi le plateau du Golan, zone stratégique prise par Israël à la Syrie lors de la guerre des Six-Jours en 1967. Pour Damas, cette visite «est une démarche provocatrice avant la fin du mandat du gouvernement Trump et une violation flagrante de la souveraineté de la République arabe syrienne», a fait savoir, jeudi soir, le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué diffusé par l’agence de presse étatique Sana. «De telles visites criminelles encouragent (Israël) à poursuivre sa dangereuse approche hostile», a-t-il poursuivi. En 2019, le Président américain Donald Trump a fait des États-Unis le premier pays à reconnaître la souveraineté d’Israël sur ce plateau où vivent 25 000 colons israéliens aux côtés de quelque 23 000 Druzes qui se revendiquent pour la plupart Syriens tout en ayant le statut de résidents en Israël. «Il s’agit d’une part d’Israël et d’une part centrale d’Israël», a martelé M. Pompeo. Avant de se rendre dans cette région viticole, il avait déjà reçu une bouteille de vin baptisée en son honneur au vignoble israélien Psagot, dans une colonie de Cisjordanie occupée. La colonisation israélienne a connu un vif essor ces dernières années sous l’impulsion du Premier ministre Benjamin Netanyahu et depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison- Blanche. Plus de 450 000 Israéliens vivent dans des colonies – jugées illégales au regard du droit international – en Cisjordanie, où vivent environ 2,8 millions de Palestiniens. Il y a un an, M. Pompeo avait décrété que ces colonies n’étaient plus, selon Washington, contraires au droit international. «Pendant longtemps le département d’État a pris la mauvaise approche sur les colonies (…). Aujourd’hui il défend avec vigueur la reconnaissance que les colonies peuvent être légales», a-t-il réitéré jeudi. A Psagot, vignoble situé entre Jérusalem et Ramallah, Yaakov Berg avait dès 2019 débouché de bonnes bouteilles en l’honneur de M. Pompeo. Il avait préparé jeudi une «cuvée Pompeo» bonifiée d’une étiquette avec le hashtag «#madeinlegality» («conçu légalement»). «Nous n’avons pas volé cette terre», a affirmé à l’AFP ce vigneron au cœur d’une saga politico-judiciaire divisant Américains et Européens. Une décision française, validée en 2019 par la Cour européenne, a jugé que les produits des colonies en Cisjordanie ne pouvaient être estampillés comme étant originaires d’Israël. M. Pompeo a renversé l’équation non seulement en changeant la politique des États-Unis sur les colonies mais en se rendant lui-même dans une implantation, et en annonçant jeudi une modification des labels des produits de Cisjordanie. «Tous les producteurs dans les zones où Israël exerce son autorité (…) devront inscrire sur leurs produits ‘’Israël’’, ‘’Produit en Israël’’ ou ‘’Fabriqué en Israël’’, lorsqu’ils exporteront aux États-Unis», a déclaré M. Pompeo. Et pour comprendre la nouvelle politique américaine – dont la pérennité reste inconnue dans la perspective de l’arrivée du démocrate Joe Biden à la Maison-Blanche en janvier –, il faut remonter aux accords israélo-palestiniens d’Oslo, dans les années 1990, qui ont divisé la Cisjordanie en trois zones : A, B et C. Les deux premières forment 40 % du territoire et sont placées principalement sous contrôle palestinien. La Zone C (60 %) se trouve sous contrôle israélien mais avec l’idée d’un transfert prévu, et à définir, aux Palestiniens dans le cadre d’un accord de paix définitif. Or, pour Israël, la «Zone C», où sont situés l’essentiel de la vallée agricole du Jourdain et la totalité des colonies, ne peut être considérée comme un territoire «palestinien» mais «disputé», aucun accord n’étant encore intervenu sur une paix définitive.  

M. M.
 

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