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vendredi 18 juin 2021

Proche-Orient: L’Égypte mise sur la reconstruction de Ghaza pour consolider son influence

Après avoir engrangé une victoire diplomatique remarquée dans le conflit entre Israël et le Hamas palestinien en mai, l’Égypte tente de consolider son influence régionale en se positionnant dans la reconstruction de la bande de Ghaza, dévastée par la dernière guerre.
Le cessez-le-feu instauré le 21 mai après 11 jours d’une nouvelle guerre entre Israël et le Hamas a été négocié par l’Égypte, qui entretient à la fois des relations avec l’État hébreu et le mouvement islamiste palestinien qui dirige la bande de Ghaza.
Le Caire a rapidement promis de débloquer 500 millions de dollars pour reconstruire l’enclave palestinienne, où vivent entassées quelque deux millions de personnes sous blocus israélien depuis près de 15 ans.
«Cet engagement va rendre à l’Égypte son rôle régional historique et lui permettre d’être entendue dans les rangs palestiniens», estime le professeur de sciences politiques à l’université du Caire, Moustafa Kamel al-Sayed.
En outre, il envoie aux États-Unis «le message que l’Égypte est un protagoniste actif au Moyen-Orient», ajoute-t-il à propos d’une victoire diplomatique bienvenue pour le gouvernement du Président Abdel Fatah al-Sissi, plus habitué aux critiques sur la situation des droits humains dans son pays.
Fin mai, quelques jours après le premier coup de fil du Président américain Joe Biden à son homologue égyptien, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a rencontré M. Sissi au Caire.
Toujours pour tenter de consolider le cessez-le-feu entre Israéliens et Palestiniens, le patron du Renseignement égyptien, Abbas Kamel, s’était rendu parallèlement en Israël et dans les Territoires palestiniens.
Cette omniprésence égyptienne est venue couronner des efforts diplomatiques de longue haleine menés par Le Caire pour recouvrer son rôle dans la région, après des années de marginalisation diplomatique liée à l’instabilité politique ayant suivi le soulèvement populaire de 2011.
Liée depuis 1979 par un traité de paix avec Israël et médiateur traditionnel entre Palestiniens et Israéliens,
l’Égypte a notamment œuvré au rapprochement des factions palestiniennes, accueillant sur son sol plusieurs rencontres entre les deux principales formations rivales, le Fatah et le Hamas.
«Le Caire a changé d’attitude vis-à-vis du Hamas ces dernières années», souligne M. Sayed. Et grâce à son projet de reconstruction, Le Caire pourrait devenir un «acteur acceptable pour le mouvement», juge-t-il.
Autrefois tendues, les relations entre l’Égypte et le Hamas se sont améliorées après l’annonce en 2017, par le mouvement palestinien, qu’il prenait ses distances avec la confrérie des Frères musulmans, considérée comme «terroriste»” par l’Égypte. «Mais Le Caire pourrait encore être tenté de marginaliser le Hamas, en l’excluant du processus de reconstruction», estime pour sa part la spécialiste Sarah Smierciak.
«M. Sissi voit l’aide à la reconstruction comme un investissement pour davantage d’influence politique à Ghaza comme à l’international», ajoute cette analyste en économie politique. Un investissement qui sera également bénéfique pour l’économie égyptienne, surtout les entreprises détenues par l’armée, fortement représentées dans le secteur de la construction, un des principaux moteurs de la croissance.
L’Egypte a annoncé l’envoi d’engins de construction et d’équipes techniques à Ghaza pour «déblayer les décombres» et préparer la reconstruction.

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