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dimanche 14 août 2022

Probable fin de parcours pour Ennahdha

Dans deux jours seulement, le délai d’un mois imparti aux mesures exceptionnelles prises par le président tunisien Kaïs Saïed, un certain 5 juillet, aura expiré sans que celles-ci ne soient levées, ni même qu’il soit possible de savoir quand du moins le sauront-elles. Le décret présidentiel les mettant en place autorise leur initiateur à les renouveler autant dire à discrétion. Il le laisse libre de choisir le moment de passer outre. Il va probablement les reconduire dans les heures qui viennent. Ce qu’il est plus difficile de deviner, en revanche, c’est la durée de leur prolongation. Sera-t-elle d’un mois à son tour, qu’il faudra ou non renouveler à son terme, ou le président Saïed s’affranchira-t-il dès ce premier mois écoulé de l’obligation d’avoir à reconduire les mêmes dispositions en vigueur ? Dans le premier cas, cela voudra dire, en particulier pour les opposants au gel du Parlement et à la non-nomination d’un nouveau gouvernement, que le retour à la situation d’avant le 5 juillet continue d’être la norme, si bien que son rétablissement n’est jamais qu’une question de temps. Comme les mesures en question finiraient de toute façon par tomber, semblent-ils se dire, cela en raison même de leur nature exceptionnelle, la bonne politique à observer à leur égard, en même temps que la moins coûteuse à tous égards, c’est d’attendre que le président Saïed aboutisse de lui-même à l’idée qu’il n’y a décidément pas d’alternative à l’ordre constitutionnel dans le cadre duquel il avait été élu.

Cette attitude, qui est notamment celle d’Ennahdha, n’a toutefois de sens que si elle prend en compte la possibilité inverse, celle dans laquelle le président exclut justement tout retour en arrière, tout en durcissant son emprise. Le leader d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, a été plutôt explicite à ce sujet, notamment dans une tribune à un journal britannique : son parti n’aurait d’autre choix dans ce cas que d’appeler à la défense «de la démocratie et de la révolution». Ce qui a été non moins clair dans son propos, bien qu’il n’ait pas abordé ce point précis, sans doute parce que cela allait de soi à ses yeux, c’est que la normalisation devrait se produire dès la fin du premier mois de suspension du Parlement, en somme dès le 26 de ce mois. Ennahdha n’est certes pas le seul parti à poser cette exigence, mais elle est la seule à l’accompagner d’un ultimatum. La politique n’est régie que par une seule loi, celle du rapport de force. Si la force était du côté d’Ennahdha, le président Saïed serait déjà non seulement revenu sur ses décisions, mais déjà tombé. Or non seulement il est toujours aux manettes du pays et que l’ordre règne partout dans celui-ci, ce qui témoigne de la confiance des Tunisiens à son endroit, la preuve est du même coup faite que le rapport de force est nettement en sa faveur. Il n’aurait d’ailleurs pris nulle mesure d’exception si tel n’était pas le cas. Cela décide du sort d’Ennahdha, dont l’interdiction est à l’évidence dans les intentions du président. Lorsqu’en effet un chef d’Etat en vient à dire qu’un certain parti islamiste veut intenter à sa vie, il n’est pas bien difficile de prévoir à quel avenir est condamné ce parti, et encore moins quel est-il. On se demandait l’autre fois si par hasard la question de la dissolution d’Ennahdha était à l’ordre du jour, et si elle devait intervenir dans la phase actuelle de transition. La seule réponse possible est que oui. Après la dissolution des Frères musulmans égyptiens, l’organisation mère de la mouvance islamiste dans son ensemble, suivie de la section jordanienne, il ne reste plus que cette grosse pièce d’Ennahdha à faire disparaître de la scène politique arabe.

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Le 14 Aout 2022

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