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vendredi 12 août 2022

Prisonnières

Au moment du départ des dernières troupes américaines et alliées du territoires afghan, l’attention s’était notamment centrée sur le sort des femmes afghanes qui seraient les premières victimes du retour du régime taliban. Deux mois plus tard, alors que le nouveau régime islamiste qui s’est imposé par les armes, a ôté aux femmes afghanes les quelques libertés dont elles jouissaient, en Occident leur terrible sort n’est plus que rarement évoqué. Dans ce contexte, une dizaine de femmes ont brièvement manifesté hier matin à Kaboul, pour dénoncer le «silence» de la communauté internationale sur la «situation politique, sociale et économique» de l’Afghanistan, les talibans empêchant de nouveau la presse de s’approcher du cortège. Ces manifestantes, se présentant comme membres du «mouvement spontané des femmes militantes en Afghanistan», ont brandi des pancartes sur lesquelles était écrit : «Pourquoi le monde nous regarde mourir en silence ?», «Droit à l’éducation» ou encore «Droit au travail». «Chaque jour la pauvreté fait des ravages, nos enfants meurent, les hommes n’ont plus de travail, ils se suicident et le monde se tait», a interpellé Husna Saddat, l’une des participantes. «Pourquoi et jusqu’à quand devrons-nous rester chez nous ? Pourquoi personne ne nous entend ? Pourquoi les femmes n’ont-elles plus le droit d’être actives dans notre société ?», a-t-elle poursuivi. Le rassemblement, qui devait initialement se dérouler à proximité de la mission de l’ONU en Afghanistan (Unama), s’est déplacé au dernier moment à l’entrée de l’ancienne «zone verte» où se situent les bâtiments évacués par plusieurs ambassades occidentales après la prise de pouvoir des talibans en août. «Nous demandons au Secrétaire général des Nations unies de soutenir nos droits, à l’éducation, au travail (…) Nous sommes privées de tout aujourd’hui», a déclaré à l’AFP Wahida Amiri, l’une des organisatrices. Alors que ces manifestations sont interdites par les talibans et ont été violemment réprimées depuis leur arrivée au pouvoir, Wahida Amiri s’est empressée d’ajouter : «Nous n’avons rien contre les talibans, nous voulons juste manifester pacifiquement». Des gardes présents à l’entrée de cette zone ultra-sécurisée ont demandé dans un premier temps aux manifestantes et à la presse de s’en éloigner. Une dizaine de gardes talibans arrivés en renfort, dont certains armés, ont ensuite repoussé fermement les médias présents et confisqué le téléphone portable utilisé par un journaliste local pour filmer, a constaté une journaliste de l’AFP. Ces manifestations symboliques de femmes sont devenues régulières à Kaboul ces dernières semaines. Lors de la précédente, jeudi dernier, une vingtaine de manifestantes avaient été autorisées à défiler pendant plus d’une heure et demie, mais plusieurs journalistes étrangers et locaux venus couvrir ce rassemblement avaient été frappés par des talibans. Mais la communauté internationale n’a pas vraiment de pouvoir pour imposer une ligne de conduite au régime taliban, surtout qu’il est clair qu’aucune action sur le terrain ne sera prise envers ce pays qui malgré vingt ans d’occupation militaire américaine n’a pas réussi à expurger l’idéologie fondamentaliste qui a repris le pouvoir sitôt les troupes étrangères ont quitté le sol afghan. La seule option des instances mondiales serait de couper toutes les aides financières, mais là encore, c’est surtout la population qui meurt de faim qui sera la première à en faire les frais. Le cas afghan est ainsi un casse-tête chinois qui n’a pas de solution miracle et qui s’il préoccupe, surtout vis-à-vis du statut des femmes dans le pays, laisse apparaître l’impuissance des organisations internationales.

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