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jeudi 25 avril 2024

Prison

La fermeture de la prison de Guantanamo avait été en 2008 l’un des fers de lance de la campagne présidentielle de Barack Obama qui avait fait de ce centre de détention le symbole des dérives du Parti républicain et en particulier de la présidence de George W. Bush. Pourtant, après avoir passé huit ans à la Maison-Blanche, Obama a été incapable de tenir sa promesse. Aujourd’hui, la libération prochaine de trois prisonniers détenus depuis près de vingt ans à Guantanamo a relancé les spéculations sur la possibilité que Joe Biden ferme la tristement célèbre prison militaire américaine. Guantanamo a été ouvert en 2002 en territoire américain à Cuba pour détenir des membres d’Al-Qaïda et complices présumés des auteurs des attaques du 11 Septembre 2001. La prison est toutefois rapidement devenue une épine dans le pied de Washington, accusé de détention illégale, de violations des droits humains et de torture. Joe Biden était vice-président quand Barack Obama a ordonné la fermeture de Guantanamo, en janvier 2009, dans l’idée de faire juger les prisonniers par des tribunaux civils. Mais la décision, très impopulaire, a été bloquée au Congrès. Sous ses deux mandats, Barack Obama a donc préféré faire libérer en catimini des centaines de détenus dont la sortie avait été approuvée par la Commission de révision (PRB) de la présidence. Ces libérations ont été interrompues sous le mandat de Donald Trump. Et alors que les États-Unis préparent leur retrait d’Afghanistan pour le 20e anniversaire des attentats, elle abrite encore 40 détenus. «Le président reste engagé dans la fermeture de Guantanamo», a assuré en avril la porte-parole de la Maison- Blanche, Jen Psaki. Les organisations de défense de droits humains demandent un acte fort de Joe Biden. «Il ne peut pas avoir de vraie crédibilité en appelant les autres pays à respecter les droits humains sans donner la priorité à la fermeture de Guantanamo», affirme Daphne Eviatar d’Amnesty International. Sur les 40 hommes encore détenus, neuf ont déjà reçu leur bon de sortie. Douze, dont Khalid Sheikh Mohammed, le cerveau présumé des attentats du 11-Septembre, attendent d’être jugés par une commission militaire qui n’a émis que deux condamnations en deux décennies. Les 19 autres sont dans les limbes judiciaires, détenus sans inculpation et pas blanchis par la PRB. Shayana Kadidal, du Center for Constitutional Rights qui défend plusieurs détenus, estime que Joe Biden évitera la faute politique d’une annonce publique et pourrait, comme Barack Obama, laisser faire la PRB. L’autre défi est le sort des 12 prisonniers encore dans le système judiciaire militaire avec six d’entre eux, dont Khalid Sheikh Mohammed, encourant la peine de mort. Leurs cas avancent lentement, au gré des questions de procédure et des changements de juges ou d’avocats. Au Pentagone, l’idée circule aussi que Guantanamo pourrait servir dans les conflits futurs, dit le juriste. Les avocats des détenus s’inquiètent, eux, des peines capitales que pourraient prononcer ces tribunaux civils. «Ils ont de meilleures conditions (de détention) que dans une prison de haute sécurité et pourraient mourir de causes naturelles à Guantanamo», explique Kadidal. Pour lui, «être à Guantanamo sans procès est, dans une certaine mesure, préférable à ce qu’ils pourraient vivre ailleurs». Reste à voir si Biden est prêt à répondre favorablement aux demandes des ONG humanitaires ou s’il jouera la carte du pragmatisme en choisissant le statu quo et en préférant ainsi laisser son successeur se débrouiller avec ce dossier épineux.

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