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samedi 24 février 2024

Presse: El Watan récidive

 

Par Mohamed Habili

 

Déjà du temps où il croulait sous la publicité privée, tant et tant d’ailleurs qu’il se montrait dédaigneux, méprisant même, envers la publicité publique, dispensée alors comme aujourd’hui par l’ANEP, El Watan, qui se voit toujours comme le leader de l’opinion en dépit des évolutions advenues sur la double scène nationale et internationale, ne voulait pas des journaux qui ne leur reconnaissaient pas comme le premier d’entre eux, et à ce titre lui devaient stricte obéissance. C’est ainsi qu’il a toujours cherché à nous exclure du champ — nous « Le Jour d’Algérie » — non pas parce que nous représentions un quelconque danger pour lui, ou que nous lui cherchions querelle à tout propos, mais parce que nous n’appartenions pas au même courant politique que lui. Il se donnait pour le chef d’un groupe de journaux s’appelant la « presse démocratique », reconnaissable à ceci qu’ils s’employaient quotidiennement tous ensemble à la déstabilisation du pays. Si l’Algérie est encore debout et continue d’avancer, ce n’est pas grâce à la « presse démocratique », mais en dépit d’elle. Il y a encore peu, cette presse répondant aux instructions de quelque bureau relevant de l’ambassade française à Alger, considérait que le président Tebboune n’ayant pas été élu était par conséquent illégitime. Un journal qui a professé une opinion aussi radicale, et aussi fausse, qui plus est identique en la matière à celle de l’ex-colonisateur, devrait lui-même se saborder, ne pas attendre d’être jeté par d’autres mains dans la poubelle de l’histoire. Un journal qui a applaudi à l’agression franco-britannique contre la Libye. Un journal qui ouvrait ses colonnes à l’idéologie de mort du séparatisme et du MAK. Dans ses colonnes Ferhat Mehenni se sentait tellement chez lui qu’il s’était permis d’offrir un jour à un ancien compagnon de route, qui l’avait contredit sur un point, et sans doute ne s’attendait pas à pareille réaction de sa part, de prendre la direction de la branche armée d’un futur mouvement de libération de Kabylie, se réservant à lui-même la direction politique. Aujourd’hui, cela relèverait de l’impossible. En fait, on y serait encore si El Watan et ceux dont il était le porte-voix n’avaient pas perdu la guerre qu’ils menaient sans désemparer contre l’Etat algérien. S’il n’a pas disparu, à l’instar d’autres titres de la « presse démocratique », c’est en raison de la hauteur de vue des autorités algériennes, tout autant de leur souci de préserver le pluralisme médiatique. Ce journal fait semblant aujourd’hui d’avoir changé de direction, de se consacrer enfin à la défense des intérêts vitaux du pays, une ligne dont pour sa part « Le Jour d’Algérie » n’a jamais dévié. Quand on a tout fait pour détruire l’Etat algérien, et qu’on n’y est pas parvenu, on n’attend en réalité que le moment de reprendre la même entreprise là où on l’a laissée. Demain il se produirait un tournant politique favorable aux idées anti-algériennes portées par lui et les siens dans un passé encore récent, on le verrait à nouveau s’en faire le champion, cherchant à les promouvoir, à les imposer dans l’opinion. C’est son ADN, sa nature profonde. Ce serait une grande erreur de croire qu’il a cessé une bonne fois pour toute de travailler pour le retour de la France. Aujourd’hui, il s’efforce de paraître n’avoir en vue en distillant son venin qu’une bonne gestion de la publicité publique. De son point de vue, celle-ci-devrait répondre à une logique économique libérale, en vertu de laquelle ce sont les soi-disant « grands journaux » qui se voient attribuer le plus de publicité. Ce qui est l’expression d’une aberration sachant que cette publicité n’est pas une marchandise relevant d’un marché concurrentiel. Ce que l’Etat veut par son entremise, ce n’est pas gagner de l’argent, mais permettre à différents journaux d’exister, sans avoir pour cela à se plier à la dictature d’éventuels gros annonceurs. El Watan explique le fait qu’il soit devenu demandeur de cette publicité, alors que pendant des années il s’en était passé, prétendument pour préserver sa ligne éditoriale, par le quasi assèchement de la publicité privée (phénomène qui serait dû à la crise économique) dont il avait été l’un des principaux bénéficiaires. S’il était vrai que c’est une crise économique qui sévit dans ce domaine, et dont lui-même serait la première victime, il enregistrerait une baisse des recettes en proportion du recul des affaires, il ne les verrait pas tomber à zéro. Quand pendant longtemps on est sorti jour après jour avec quasiment un tiers de ses pages prises par des annonces venant du privé, et que brusquement on se retrouve avec pas même un quart de page de cet ordre, cela ne peut s’expliquer que par le fait que ceux qui dans le passé donnaient cette publicité, en réalité le faisaient parce qu’ils ne pouvaient pas faire autrement. Cette publicité, en fait c’était une forme du racket.

 

M H.

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