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mardi 27 septembre 2022

Pour se réunifier la Libye doit se dépasser

La mission confiée par la communauté internationale, au travers de l’ONU, et appuyée ensuite à l’intérieur par la classe politique libyenne, au gouvernement de transition issu du Forum du dialogue libyen début février, devrait être terminée à la toute fin de cette année. Ce mandat n’est pas négociable, il est impératif. A ce point d’ailleurs qu’on imagine à peine que la date fixée pour la tenue des élections, marquant la fin définitive d’une crise vieille déjà d’une décennie, puisse être seulement reportée, quand ce serait pour des motifs purement techniques. Des obstacles qu’on aurait cru difficilement insurmontables avant le mois de février de cette année sont tombés comme des dominos devant un nouvel exécutif libyen auquel décidément tout semble réussir. C’est ainsi que pour la première fois Egyptiens et Turcs ont communié dans la reconnaissance de la nouvelle dyarchie libyenne, incarnée d’un côté par le chef du gouvernement Abdelhamid Dbeibah, et de l’autre par Mohamed el-Menfi le chef du Conseil présidentiel. On ne sait d’ailleurs à qui des deux hommes reviendrait la primauté dans le cas d’un désaccord entre eux, à celui qui tient le rôle de Premier ministre ou de chef de gouvernement, ou à l’autre, dont le rang est apparemment celui d’un président d’Etat.

Jusque-là, l’idée avait prévalu que si la crise libyenne se prolongeait, c’est parce qu’il y avait trop d’acteurs extérieurs qui s’en mêlaient, dont les intérêts opposés en Libye étaient inconciliables. Or non seulement le nombre de ces acteurs extérieurs s’est beaucoup réduit, se ramenant à deux, à savoir l’Egypte et la Turquie, mais ces deux-là se sont elles-mêmes hâtées de soutenir le processus de règlement en cours. La Turquie a commencé à rapatrier les mercenaires syriens qu’elle avait déployés à l’ouest de la Libye en défense de Tripoli, dont les forces du maréchal Hafter cherchaient alors à s’emparer. Si donc la Libye n’a pas retrouvé son unité à la fin de cette année, ce ne sera pas à cause des ingérences extérieures mais bel et bien en raison de divergences entre Libyens et entre eux seuls. Pour l’heure, on ne peut pas dire que tous les obstacles se soient aplanis devant le pouvoir transitoire libyen. Au contraire, c’est même le plus dur qui se dresse encore devant lui : le désarmement des milices, en premier lieu celles qui depuis 2011 tiennent Tripoli. Imaginons néanmoins que même cette hypothèque soit levée. Qu’un accord soit trouvé en vertu duquel les milices sont soit dissoutes, soit intégrées à une armée nationale unifiée, quelle que soit cette dernière. Même dans ce scénario idéal, la Libye ne serait pour autant totalement tirée d’affaire. Il faudrait encore que le gouvernement, ou plus exactement la dyarchie en charge de la transition, qui dans ce cas aura triomphé de tous les obstacles, déclare la fin de son mandat, autrement dit sa propre dissolution. Pour que la Libye sorte de sa crise existentielle actuelle, il faudrait non seulement que ceux qui aujourd’hui la dirigent réussissent à la conduire à bon port, mais qu’eux-mêmes rendent ensuite le tablier. Ce serait bien la première fois que dans notre région, et même dans le monde, qu’un gouvernement prenant le dessus sur des difficultés énormes, qui plus est en moins d’une année, doive néanmoins céder le pouvoir à des gens dont le seul mal qu’ils se soient donné est celui de se faire élire. Si cela devait quand même arriver, la Libye serait dès ce moment une démocratie accomplie. Mieux, un exemple universel de démocratie. Ce n’est d’ailleurs qu’à ce titre qu’elle pourra se restaurer.

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Le 28 Septembre 2022

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