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mercredi 22 mai 2024

Pour la première fois Biden fait allusion à la défaite

Vendredi dernier, pour ainsi dire à la veille du sommet de l’Otan de Vilnius, prévu du 11 au 12 de ce mois, le président américain Joe Biden a confié à CNN que ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il a pris la décision de livrer des armes à sous-munitions à l’Ukraine, mais bien parce qu’il y était contraint et forcé dans les circonstances actuelles. Il a insisté sur le double fait que cette mesure était un pis-aller et qu’elle était temporaire. Dès l’instant où il sera possible de faire autrement, c’est-à-dire de fournir à l’Ukraine les bons obus de 155 mm, qui manquent aujourd’hui, en raison de leur grande consommation sur le front, les livraisons de bombes à fragmentation s’arrêteront. A noter que les réactions négatives de la part même des alliés n’ont pas manqué à peine cette décision a-t-elle été prise par lui, certains d’entre eux étant signataires de la convention internationale bannissant ce type d’armes. Après l’Allemagne, c’est l’Espagne et la Grande-Bretagne, fort rarement en désaccord avec les Etats-Unis, qui ont qui ont fait part de leur opposition à cette décision. Probablement d’autres réactions similaires suivront avant l’ouverture du sommet.

Cela dit, le plus significatif n’est pas tant dans cette annonce, décrite comme un mal nécessaire par Joe Biden, que dans l’argument avancé par lui qu’autrement c’était courir le risque de voir l’Ukraine perdre la guerre, vu qu’elle n’était pas loin de se trouver tout simplement à court de munitions. 500 jours de guerre ont épuisé non seulement celles qui lui ont été livrées, mais aussi les réserves des Etats-Unis, comme d’ailleurs celles de leurs alliés. Si l’Ukraine manque de munitions, c’est d’abord parce que les pays qui lui en fournissaient en sont venus à ne plus pouvoir lui en donner sauf à puiser dans leurs stocks stratégiques. Il faut qu’eux-mêmes en accroissent la production avant de se remettre à lui en fournir à un rythme correspondant à celui de sa consommation. C’est que cette guerre, a expliqué Biden par la même occasion, est avant tout une guerre d’artillerie. Elle nécessite de ce fait un effort de production en matière de projectiles plus grand que celui que permettent les capacités industrielles actuelles, celles des Etats-Unis et de leurs alliés comprises. Ce que le président américain se garde de dire toutefois, mais qui ressort assez clairement de son plaidoyer, c’est que ce sont les Russes qui ont imposé le primat de l’artillerie. Les Ukrainiens sont depuis plus d’un mois à l’offensive, avec un double déficit, en termes de troupes et de munitions. On comprend dès lors que le président américain ait pour la première fois parlé de défaite non seulement possible mais assurée si la guerre devait se poursuivre avec la même disproportion des forces en faveur des Russes. En attendant que l’industrie militaire occidentale se mette au niveau requis de production, il n’est tout simplement pas possible de laisser les Ukrainiens sans munitions. Il faut leur en envoyer, seraient-elles des plus contestables. Or, dans les réserves américaines, il n’y en a plus que ces dernières qui soient en quantité suffisante, leur production ne s’étant pas arrêtée si leur utilisation l’est par contre depuis plusieurs années. Biden n’a pas abordé la question de savoir en quoi les bombes controversées peuvent se substituer aux armes de longue portée réclamées par les Ukrainiens qui sont en train de perdre la guerre. Ses propos donnent à penser qu’il faut néanmoins que ceux-ci continuent de bombarder les Russes, en attendant qu’ils puissent le faire avec de bonnes et de vraies armes.

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