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jeudi 25 février 2021

Plus de 200 millions de dollars à préserver annuellement : Importations de viandes rouges : les raisons d’un gel

La récente décision des pouvoirs publics de geler les importations des viandes rouges permettra à l’Algérie d’économiser plus de 200 millions de dollars par an, selon un haut responsable au ministère du Commerce.

Par Meriem Benchaouia

«Notre département, en coordination avec les ministères des Finances et de l’Agriculture, a décidé de geler les importations des viandes rouges fraîches et congelées qui ne cessent d’augmenter d’une année à l’autre malgré la disponibilité du produit local», a expliqué le directeur général du Commerce extérieur au ministère du Commerce, Khaled Bouchelaghem. «Cette décision, a-t-il poursuivi, entre dans le cadre de la rationalisation des importations ainsi que l’encouragement des produits locaux et répond par la même occasion aux attentes des éleveurs et des engraisseurs qui se sentaient concurrencés par les produits importés».
Dans le même contexte, M. Bouchelaghem a affirmé que l’Algérie, à l’instar de tous les pays, dispose d’outils juridiques lui permettant de prendre des «mesures protectionnistes provisoires» pour réduire son déficit commercial ou pour protéger les producteurs nationaux lorsque ces derniers se sentent menacés par les concurrents étrangers. Selon les chiffres communiqués par ce responsable, les importations du pays en viandes rouges bovines avaient atteint 122 millions de dollars rien que pour les dix premiers mois de l’année 2020, dont 67,5 millions de dollars en viande fraîche et 54,5 millions de dollars en congelée. Il a fait constater qu’il y avait une tendance haussière de ces importations malgré la disponibilité du produit local, «ce qui va à l’encontre de l’économie nationale». Ainsi, en 2019, a-t-il indiqué, les importations avaient atteint une valeur de 210 millions de dollars (135 millions pour les viandes fraîches et 75 millions pour les viandes congelées), contre 186 millions de dollars en 2018 (104,6 millions de viandes fraîches et 81,4 millions pour les viandes congelés). En revanche, les opérations d’importation du bovin sur pied sont toujours autorisées pour approvisionner le marché en viandes rouges, a-t-il précisé, expliquant que cela est de loin «plus rentable» que l’importation des produits finaux.
«L’importation de bovins destinés à l’abattage permet en effet la création d’emplois directs et indirects autour de cette activité», a-t-il fait valoir. Mettant en avant ses avantages, il a affirmé que l’introduction de bêtes vivantes contribuerait à augmenter la cadence du travail au niveau des abattoirs et des boucheries et d’approvisionner le marché en viande fraîche, de fournir l’industrie de la transformation des viandes en matière première, ce qui devrait également élargir le réseau de distribution et générer des emplois supplémentaires. Mais en contrepartie de ce gel des importations au profit de la filière, ce responsable appelle les opérateurs à faire preuve de «patriotisme économique» en contribuant à la protection du pouvoir d’achat et à la sécurisation du marché des viandes.

«Pas d’incidence sur le marché national»
Le gel des importations des viandes rouges fraîches ou congelées, décidé par les pouvoirs publics depuis le dernier trimestre 2020 pour protéger la production nationale «n’a pas eu d’incidence sur le marché national», ont fait constater plusieurs opérateurs de la filière. «Le marché est suffisamment approvisionné par une production locale conséquente et les prix ont même enregistré une baisse relative», a assuré le président du Conseil national interprofessionnel des viandes rouges (CNIVR), Miloud Bouadis. Il a écarté tout risque de rupture des stocks même à l’arrivée du mois de ramadhan, période de forte demande sur les viandes rouges. «De nombreux engraisseurs se sont déjà mis à l’importation de veaux à l’engraissement destinés à l’abattage en prévision du mois sacré, connu habituellement par une hausse considérable de la demande en viande bovine», a-t-il indiqué. La qualifiant de décision «salutaire» pour les professionnels de la filière, Bouadis a souligné que la suspension des importations des viandes rouges a toujours été parmi les principales revendications du CNIVR. Il a jugé, à ce propos, que l’importation de bovins vivants d’engraissement, au lieu des produits finaux, s’avère beaucoup plus rentable tant sur le plan nutritionnel que sur le plan économique. «En effet, l’importation de bétail vivant nous permet de tirer profit du cinquième quartier, à savoir les abats des bovins (foie et cœur, tête) qui constituent une source de protéines inestimable, en plus de leurs peaux qui représentent une matière première noble pour l’industrie du cuir» , a-t-il fait valoir. D’autre part, il a affirmé que bon nombre d’opérateurs qui étaient versés auparavant dans l’importation de la viande rouge fraîche et congelée se sont reconvertis en éleveurs et engraisseurs. «Ce revirement positif a permis d’augmenter la production, tout en générant des emplois supplémentaires autour de cette activité (alimentation de bétail, abattage, distribution)», a-t-il argué.
M. B.

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