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dimanche 18 avril 2021

Phénomène de mortalité inhabituelle: Pourquoi un grand nombre de baleines grises meurent dans l’océan Pacifique ?

Encore une année noire pour les baleines grises en Amérique du Nord et Centrale… Depuis janvier 2019 jusqu’à aujourd’hui, les décès de 378 baleines grises ont été confirmés et ce chiffre pourrait être encore bien pire. Ce phénomène de mortalité inhabituelle inquiète les chercheurs qui tendent à expliquer cette mortalité, en masse et fréquente, par une possible famine.
La baleine grise – Eschrichtius robustus – est la seule espèce vivante de la famille des Eschrichtiidae, nom donné en l’honneur du zoologiste danois Daniel Fredereik Eschricht. D’après les données de la Red List, au Canada, aux Etats-Unis, au Mexique, en Russie et au Japon, l’espèce est sauvegardée, tandis qu’en Corée et en Islande son extinction est probable mais non confirmée. Au contraire, au Royaume-Uni, le mammifère a bel et bien disparu des eaux océaniques de l’Atlantique.
Désormais, les baleines grises sont présentes uniquement dans le Pacifique Nord et les mers adjacentes. En hiver, elles se rassemblent dans ou autour des lagunes, le long de la côte Ouest de Baja California, au Mexique, et certaines se dirigent, en plus petit comité, dans le golfe de Californie et le long du continent mexicain.
C’est au printemps que les baleines entament leur migration, en général, dans les eaux peu profondes du Nord-Ouest de la mer du Béring et du Sud de la mer des Tchouktches – mer épicontinentale de l’océan Arctique entre l’île Wrangel et le méridien de Point Barrow – et de la mer de Beaufort – mer de l’océan Arctique, au Nord de l’Alaska et du Canada -.
Ces migrations entre les aires d’alimentation et les aires de reproduction se font annuellement. Sans nul doute, la saison estivale d’alimentation – entre les mois de mai et d’octobre – est primordiale et essentielle pour la survie des baleines et leur reproduction. C’est le moment où elles font leurs réserves énergétiques, sous forme de graisse principalement, afin de pouvoir réaliser leur migration et rester le temps nécessaire sur les aires de reproduction. Pour rappel, les baleines grises ne se nourrissent pas pendant la saison de migration et de reproduction.

De la photogrammétrie par drone pour analyser l’état corporel des baleines grises
Bien que leur population est considérée comme “stable”, les évènements des trois dernières années laissent place au doute quant à leur futur. En effet, comme l’indiquent les scientifiques dans l’article publié dans l’Inter-Research Science Publisher, pour la troisième année consécutive, de nombreuses baleines grises ont été retrouvées en très mauvais état, voire mortes, tout au long de la côte ouest du Mexique, des Etats-Unis et du Canada. On parle d’un phénomène inattendu au cours duquel un nombre important de mammifères marins meurent (UME).
Par exemple, à la mi-janvier 2021, alors que les premières baleines de l’Est du Pacifique Nord ont déjà commencé à migrer vers les lagunes de Baja California pour se reproduire, les scientifiques ont pu observer plusieurs d’entre elles particulièrement amaigries sur la route de migration…
Comment est-ce possible de se rendre compte, à distance, du poids et de l’état corporel des baleines ? Il existe aujourd’hui une technique connue sous le nom de photogrammétrie par drone. En 2017, le Dr Fredrik Christiansen – de l’Institut d’études avancées d’Aarhus et du Département de zoologie de l’Université d’Aarhus – et le professeur Lars Bejder – de l’Université d’Hawaï à Manoa – ont rejoint le Laguna San Ignacio Ecosystem Science Program (LSIESP) pour étudier l’état corporel des baleines grises en utilisant cette technologie. Celle-ci permet de mesurer la longueur et la largeur du corps des baleines grises à partir de photographies verticales prises par des drones au-dessus des baleines. A partir de ces photographies, il est possible de mesurer l’état corporel relatif ou la graisse des baleines.Les résultats sont là… Au cours de la deuxième année d’échantillonnage, les chercheurs ont pu constater un déclin de l’état corporel des baleines grises juvéniles et adultes à la Laguna San Ignacio. En 2019, alors que le phénomène de mortalité inhabituelle venait de commencer, le déclin de la condition corporelle des baleines était toujours visible et il coïncidait également avec la baisse du nombre de couples mère-baleineau à la Laguna San Ignacio. Ils ont alors pu déduire une baisse du taux de reproduction des baleines grises femelles.

Moins de proies, moins de chance de survie pour les baleines grises
“Il semble qu’un grand nombre de baleines grises quittent déjà leurs aires d’alimentation dans un état nutritionnel médiocre et au moment où elles ont terminé la saison de reproduction au Mexique, elles ont épuisé leurs réserves d’énergie et meurent de faim”, a expliqué le Dr Fredrik Christiansen, à l’origine de cette étude.
En effet, sur certaines aires d’alimentation, les proies commencent à se faire rare… Les baleines grises se nourrissent principalement de krill : mysidacés, amphipodes tubicoles et vers polychètes. Par exemple, depuis la fin des années 1980, dans le bassin central de Chirikov, une des zones principales d’alimentation des baleines grises, le nombre d’amphipodes a diminué. D’après les chercheurs, ce changement est une des conséquences du réchauffement des eaux arctiques.Par conséquent, si la situation continue telle qu’elle est aujourd’hui, la mortalité des baleines, dans ces conditions, deviendra de plus en plus fréquente. Elles ne sont pas encore, officiellement, considérées comme des espèces en danger et en voie d’extinction, mais faut-il attendre un tel drame pour prendre des mesures.
Lucie T.

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