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samedi 25 juin 2022

Patrimoine: Il y a trente ans, la Casbah d’Alger intégrait le patrimoine mondial de l’humanité

Il y a trente ans, le centre historique millénaire de la Casbah d’Alger intégrait la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, la considérant comme un lieu de mémoire et d’histoire qui compte de nombreux vestiges et une structure urbaine traditionnelle associée à un grand sens de la communauté.

Par Hocine B.
Décrite par l’Unesco comme l’un des plus beaux sites maritimes de la Méditerranée constituant un type unique de médina, la Casbah d’Alger apparait comme un exemple significatif de ville historique maghrébine, habitée au moins depuis le VIe siècle, qui a eu une grande influence sur l’urbanisme de la région. Le classement de ce site est intervenu pour de nombreux critères, dont la représentation d’un modèle d’établissement humain traditionnel, de la culture musulmane et profondément méditerranéen, ou encore pour les nombreux «vestiges» de la citadelle, des mosquées, des palais ottomans dans un ensemble qui conserve toujours sa fonction malgré les aléas et les mutations.
Depuis son classement, la Casbah d’Alger a connu une multitude d’opérations de travaux d’urgence et de plans pour la préservation, la restauration et éventuellement l’exploitation du site dont le classement en secteur sauvegardé en 2003 ou le Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur adopté par le gouvernement en 2012.
De nombreuses opérations avaient permis de restaurer des palais ottomans comme Dar Mustapha Pacha, Dar Khedaoudj El Amia, Dar El Kadi ou Dar Essouf, des mosquées comme celle de Ali-Betchine, Sidi Ramdane, une des plus ancienne de La Casbah, ou plus récemment la célèbre mosquée Ketchaoua. Cependant, même si les attributs de la «valeur universelle exceptionnelle» de l’Unesco sont maintenus, il existe néanmoins des menaces à l’intégrité de ce centre urbain qui sont liées à la surdensification et à des interventions non contrôlées, en plus des risques liés aux séismes, incendies, inondations et glissements de terrain, selon
l’agence onusienne.
En 2018, les experts de l’Unesco réunis à Alger avaient relevé «la perte d’un temps précieux et de moyens humains et financiers importants» engagés depuis des années, «sans résultat» dans les différentes opérations de sauvegarde, préconisant, entre autres, la création d’une «agence unique pluridisciplinaire» pour gérer le dossier et une «relance dynamique» du plan de réhabilitation dans une vision plus large intégrant le centre historique à la ville d’Alger et un «allégement» des procédures légales et administratives.

L’ilôt de l’espoir
Après de longues années d’attente, de déboires administratifs et de fragilisations du centre historique habité de la Casbah d’Alger, le plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur commence, pour la première fois cette année, à se concrétiser dans la zone habitée grâce aux efforts du bureau d’architecture «Mehdi Ali-Pacha», spécialisé dans le patrimoine.
Cette agence d’architecture a livré récemment un premier ilôt de quatre maisons entièrement restauré selon les normes d’usage, comprenant la demeure historique de la famille Bouhired M’barek dans la Casbah d’Alger, un haut lieu historique qui a servi de refuge à des figures emblématiques de la guerre de Libération nationale.
Pour ce premier chantier en cœur d’ilot, tous les matériaux utilisés, allant de la brique aux boiseries, sont produits en Algérie dans différentes régions du pays. La priorité a été donné aux artisans de la Casbah d’Alger dans un souci de proximité et d’encouragement pour la prise en charge de la céramique, des pièces en cuivre et autres matériaux.
Dans cet îlot, le résultat se rapproche simplement de la renaissance de ruines menaçantes par leurs murs éventrés et étayées par des poutres en bois ou en métal, à de belles demeures mauresques ou mixtes, solides, authentiques et arborant fièrement une nouvelle parure de céramique, de marbre, de boiserie et même un mobilier.
Quatre maisons qui démontrent qu’il est possible d’avancer et de restaurer la Casbah d’Alger en comptant sur des compétences algériennes.

Les principales recommandations de la rencontre de l’Unesco de 2018
Des experts de l’Unesco, réunis en 2018 lors d’une rencontre internationale sur la conservation et la revitalisation de la Casbah d’Alger, ont préconisé la création d’une agence unique chargée de la gestion du dossier de la Casbah d’Alger en vue d’améliorer ses performances à travers une vision basée sur le développement durable.
La chef d’unité des Etats arabes au Centre patrimoine mondial de l’Unesco, Nada El Hassan, a présenté les recommandations issues de ce forum, notamment la création d’une instance unique destinée à la gestion de la vielle cité, en plus de réduire la bureaucratie et d’accélérer sa réhabilitation.
Aux yeux des experts de l’Unesco, l’agence préconisée devrait être dotée d’un «pouvoir de décision rapide» et regrouper toutes les disciplines en une «structure unique» afin que les opérations de réhabilitation ne soient plus «fragmentaires», mais inscrites dans un plan d’ensemble cohérent.
La gestion du dossier de la restauration et de réhabilitation de la Casbah d’Alger était sous la tutelle du ministère de la Culture avant son transfert en 2016 à la wilaya d’Alger qui assure depuis la gestion de ce dossier du patrimoine matériel. Le ministère continuait, cependant, d’assurer l’appui et le suivi techniques technique.
Fin 2020, un conseil interministériel a été consacré à l’examen du dossier relatif à la sauvegarde de la Casbah d’Alger en présence de plusieurs ministres, notamment ceux de la Culture, de l’Habitat et du Tourisme ainsi que du wali d’Alger.
L’ancien Premier ministre, Abdelaziz Djerrad, avait insisté sur l’importance à accorder au volet institutionnel dédié à la gestion du programme de réhabilitation et de sauvegarde de la Casbah d’Alger dont l’organisation doit être en «capacité à répondre aux exigences de la coordination permanente des différents intervenants dans ce programme».
La participation des associations de la société civile dans l’approche des objectifs des programmes d’investissements et de l’évaluation de leur réalisation a été également soulignée lors de cette réunion interministérielle.

H. B.

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