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mercredi 22 mai 2024

Patience stratégique contre réponse disproportionnée

Il est faux de dire qu’Israël ne réagit d’aucune façon à l’attaque iranienne du 14 avril, préférant plutôt attendre patiemment que l’Amérique, et ces autres alliés l’ayant aidé cette nuit-là, probablement la plus longue de sa courte histoire, prennent l’initiative de répliquer à sa place. Son but en détruisant le consulat iranien à Damas était déjà d’obliger l’Iran à s’en prendre à lui, pour qu’ensuite les Occidentaux soient forcés d’accourir à sa défense, ce qui du même coup l’exempterait d’assumer les conséquences de son acte, comme il conviendrait à toute puissance soucieuse de maintenir inentamé son pouvoir de dissuasion. Avant l’attaque du consulat le 1er avril, avant même le 7 octobre de l’année dernière, Israël s’efforçait de convaincre les monarchies sunnites de l’introniser comme leur chef et protecteur, afin de contrer tous ensemble la soi-disant menace commune chiite. Depuis le 7 octobre, il n’est plus question d’un bloc sunnite à construire qui serait dominé par lui, sinon pour se rappeler ce qu’était le climat général d’avant cette date, tout autant d’ailleurs pour mesurer le chemin parcouru en finalement si peu de temps. L’attaque du 14 avril a été le dernier clou planté dans le cercueil des illusions d’hégémonie régionale d’Israël.

Notons qu’au final c’est Israël qui a eu besoin de l’aide arabe, ce ne sont pas les Arabes qui se sont trouvés dans la nécessité de l’appeler à la rescousse après un acte d’hostilité perse à leur encontre. Ainsi donc, Israël a fait ce qu’il fallait pour dresser l’Iran contre lui, mais maintenant que cet objectif est atteint au-delà de ses espérances, que fait-il ? Il ne fait rien justement, rien pour le moment en tout cas. Il s’efforce à ce qui ressemble fort à «la patience stratégique» dont les Iraniens ont longtemps fait preuve quand lui-même les agressait de toutes les façons possibles. Il ne veut pas faire dans la précipitation, dans
l’idée que si l’Iran a osé l’attaquer, c’est sûrement qu’il lui réserve pire encore, si lui-même est trop bête pour foncer dans le panneau. L’Iran veut qu’il riposte à la riposte, eh bien, il n’en fera rien, rien jusqu’à ce que les Etats-Unis se décident à le venger. Car il faut bien qu’ils s’y mettent tôt ou tard, s’ils ne veulent pas le voir perdre une guerre existentielle avant même qu’elle ne commence vraiment. La création d’Israël après tout n’est pas israélienne, elle est occidentale. Ce n’est que justice que l’Occident défende sa créature. Aujourd’hui, quatre jours après le 14 avril, et toujours aucune déclaration publique de Netanyahou promettant une réponse terrible à l’essaim de projectiles envoyé sur Israël. Lui qui ne craignait pas d’afficher sa divergence avec le président américain à propos de l’offensive sur Rafah, à croire qu’elle lui semblait d’autant plus obligatoire que Joe Biden était contre. A Rafah le seul risque encouru, c’était de tuer beaucoup plus de civils palestiniens que l’électeur américain ne pouvait supporter ; ou plus exactement, accepter de la part de l’administration Biden. Une riposte contre un intérêt iranien, où que ce soit, en Iran même ou en Syrie, déclenchera une réponse disproportionnée, quelque précaution qu’il ait pris lui-même à faire en sorte qu’elle soit la moins douloureuse possible. Ainsi l’ont averti les Iraniens, dont il sait maintenant qu’ils tiennent parole. Depuis quatre jours, c’est comme si Israël s’est converti à la stratégie de la patience inventée et longtemps mise en pratique par les Iraniens, et que les Iraniens lui aient emprunté le principe de la réponse disproportionnée, la seule dissuasion qui vaille à ses yeux.

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