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mercredi 1 février 2023

Pas de paix possible tant que l’Otan croira en la victoire de l’Ukraine

Si pour les Ukrainiens il n’y a de négociation possible avec la Russie, en vue de trouver un terrain d’entente avec elle, que si elle accepte au préalable de se retirer des territoires qu’elle occupe non seulement depuis le mois de février de cette année, qui se termine, mais depuis 2014, quand elle a annexé la Crimée, pour les Russes il n’y a de négociation possible que sur la base de ce qu’ils appellent les «données du terrain». Par là, il faut évidemment entendre que les quatre oblasts conquis et annexés, à savoir à l’est Lougansk et Donetsk, au sud Zaporijjia et Kherson, faisant désormais partie d’elle, ne sont pas négociables, pas plus que ne le sont ses autres régions situées à l’autre bout de son vaste territoire. Chaque guerre, se plaît-elle à dire ces derniers temps, se termine par des négociations, toutefois sur la base de ce sur qui ont débouché les combats depuis leur début. On ne fait pas la paix pour revenir à la situation qui prévalait avant la guerre, cette «donnée» ayant justement conduit à l’affrontement.

Ce serait dans ce cas tout simplement recréer les causes de la guerre, tout en croyant en sortir. Tout cela semble logique, sauf que les protagonistes du conflit, qui ne se ramènent pas à l’Ukraine et à la Russie, l’Otan et quelques-uns de ses membres étant du nombre, ne mettent pas le même contenu dans ce que les Russes appellent les données ou la réalité du terrain. Ce que les Russes croient avoir conquis une bonne fois pour toutes, le camp opposé n’y voit lui que des territoires passés momentanément sous leur contrôle. En septembre, les Ukrainiens sont passés à la contre-offensive, non sans avoir fait bouger les lignes du front. Ils ont dans un premier temps repris du terrain à l’est, avec pour principal succès la reconquête d’Izioum, forçant les Russes à battre en retraite sur des positions plus faciles à défendre. Plus tard, ils leur ont fait évacuer la ville de Kherson, sur la rive occidentale du Dniepr, les obligeant à se retrancher sur l’autre rive du fleuve, à abandonner ce qui pour eux est un morceau de la Russie, ce territoire de l’Ukraine ayant été annexé par eux. Peut-être plus significatif encore d’une situation loin de s’être stabilisée est l’annexion de territoires qui eux n’ont pas encore été conquis, qui à ce jour sont sous le contrôle du camp adverse. Ainsi en est-il de la plus grande partie de Donetsk, mais aussi d’une partie de Zaporijjia. Tant que l’Otan estime que les Ukrainiens n’ont pas dit leur dernier mot, elle se tiendra à leur côté, leur faisant parvenir ce dont ils ont besoin pour tenir tête à la Russie. Leurs conditions pour l’ouverture d’une négociation seront les siennes. Il en sera ainsi aussi longtemps que les Occidentaux croiront à une défaite de la Russie. De sorte que celle-ci n’a d’autre choix pour imposer ses conditions pour le retour à la paix que de gagner la guerre. Mais, gagner la guerre, ce n’est pas nécessairement repartir à l’assaut et cette fois-ci entrer dans Kiev. Il suffit aux Russes de reprendre Izioum, et peut-être même moins que cela, s’emparer de Bakhmout, où leurs forces sont tenues en échec depuis des mois, encore qu’il semble qu’elles sont aujourd’hui plus près d’atteindre leur objectif. Pour eux la guerre est gagnée s’ils amènent les Occidentaux à cesser de croire à leur défaite devant les Ukrainiens. Dernièrement le président ukrainien était à Washington, où il a obtenu de Joe Biden l’assurance que les Etats-Unis se tiendront aux côtés de son pays aussi longtemps qu’il le faudra. En fait, il voulait dire aussi longtemps que les Etats-Unis croiraient en leur victoire, eux les Ukrainiens.

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