23.9 C
Alger
mardi 16 août 2022

Parlons El Othmani

Maintenant que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie est une réalité, de deux choses l’une : ou bien ces relations vont aller s’améliorant, laissant du même coup entrevoir leur rétablissement, ou bien au contraire elles vont continuer de se dégrader, peut-être jusqu’au point de non-retour. Cela dépendra pour l’essentiel de ce que feront ou s’abstiendront de faire les dirigeants des deux pays. Il est bien évident, par exemple, que si d’aventure le roi du Maroc accordait l’audience demandée par le chef du Mak, une organisation terroriste pour Alger, cela ne serait pas perçu comme un geste de détente par celui-ci, mais plutôt comme un autre acte d’hostilité. Mais c’est là peut-être aller droit à l’extrême. D’ailleurs on n’imagine pas le roi du Maroc s’afficher avec quelqu’un qui se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt international, sauf à vouloir dès le départ rendre impossible tout rapprochement avec l’Algérie. Vraisemblablement améliorations et détériorations ne prendront pas des formes aussi accusées, aussi univoques, mais adviendront par touches empreintes d’ambiguïté, chacune pouvant passer à la fois pour un geste de détente et pour son contraire, une crispation de plus.

Mais voilà déjà qu’il faille se demander comment faut-il entendre l’espèce de confidence faite tout récemment par le Premier ministre marocain, Saad-Eddine El Othmani, dans laquelle il a semblé se démarquer de la fameuse déclaration de l’ambassadeur de son pays à l’ONU relative à l’autodétermination de la Kabylie ? Faut-il y voir une sorte de désaveu, ou au contraire une espèce de justification, de confirmation, sans être pour cela une officialisation ? Notre ambassadeur, a-t-il expliqué, n’avait pas fait état à cette occasion d’une politique officielle du Maroc, mais seulement d’un argument à des fins de polémique. «Vous dites ceci, nous disons cela». Sous-entendu : «Si vous Algériens cessez de dire ceci, alors nous Marocains cesseront d’affirmer cela». En clair : cessez de défendre le droit à l’autodétermination des Sahraouis, et du coup vous nous ne nous verrez même plus menacer de reconnaître celle des Kabyles. Plus clairement encore : abandonnez une ligne de principe qui est la vôtre depuis des décennies, et nous laisserons tomber une carte de pression dont nous ne nous servons contre vous que depuis peu. Débarrassez-vous d’un principe et nous d’un faux-semblant. On le voit, que l’on privilégie la première ou la seconde lecture des mêmes propos du Premier ministre, dans les deux cas ce qui peut sembler un début de rétractation, ou de désaveu de l’ambassadeur, peut se laisser également interpréter comme une mise en garde, comme l’annonce de quelque chose de plus polémique ou de plus grave encore. De plus inacceptable encore pour Alger. Pour le mettre dans le style d’El Othmani : ce ne serait plus «vous dites ceci, nous disons cela», mais «vous dites ceci, nous ferons cela». A savoir : nous reconnaîtrons le droit à l’autodétermination de la Kabylie, du moment que vous autres reconnaissez ce même droit aux Sahraouis. Nous passerons d’une simple pression exercée sur vous à une politique officielle. Et alors, l’audience demandée par Ferhat Mehenni pourrait être effectivement accordée. On n’en est pas encore là, mais désormais il ne dépend que de vous que nous y soyons un jour ou jamais. Choisissez et vite, car notre patience à des limites.

Article récent

--Pub--spot_img

Articles de la catégorie

- Advertisement -spot_img