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vendredi 17 septembre 2021

Parlement gelé et Premier ministre limogé par le Président Saïed: La Tunisie sombre dans une grave crise politique

En Tunisie, durement ébranlée par l’épidémie de Covid-19 et les difficultés économiques, c’est désormais la crise politique qui atteint un nouveau sommet. Dimanche soir, lors d’une réunion d’urgence au palais de Carthage, le président de la République, Kaïs Saïed, a décidé de geler les activités du Parlement pendant trente jours, lever l’immunité des députés, et limoger le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi.

Par Meriem Benchaouia

«Selon la Constitution, j’ai pris des décisions que nécessite la situation afin de sauver la Tunisie, l’Etat et le peuple tunisiens», a-t-il déclaré sur la page Facebook de la Présidence. «Nous traversons des moments très délicats dans l’histoire de la Tunisie», a-t-il ajouté. Juste après cette déclaration, des milliers de Tunisiens ont déferlé dans les rues malgré le couvre-feu en vigueur. Au son des klaxons, ils ont célébré ce que beaucoup considèrent comme la tentative de donner un nouveau souffle au système après des mois de blocage politique. Le chef de l’Etat avait plusieurs fois menacé ces dernières semaines de devoir agir pour dénouer la crise politique que traversait la jeune démocratie tunisienne. Une crise dans laquelle il joue aussi un rôle en raison de son désaccord avec le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi. Ce dernier avait décidé d’un remaniement en janvier, en nommant des ministres dont certains sont «soupçonnés de corruption et de conflits d’intérêts», selon la Présidence qui a refusé de leur faire prêter serment. Depuis, neuf ministères sont dirigés par intérim. M. Mechichi a été à plusieurs reprises critiqué pour sa gestion de la crise politique mais également sanitaire, alors que le pays connaît de 150 à 200 décès par jour du Covid-19 et une saturation de son système hospitalier. Le Chef du gouvernement a limogé, le 20 juillet, en plein pic de la quatrième vague, son ministre de la Santé, Faouzi Mehdi.

De nombreuses questions demeurent
A ces problèmes de gouvernance s’ajoute l’impopularité du Parlement en proie aux conflits et à la violence politique depuis les élections de 2019. Lors de manifestations contre le pouvoir qui ont eu lieu dimanche dans le pays, de nombreux slogans réclamaient sa dissolution. La mosaïque de partis qui le compose et les désaccords autour de la personnalité clivante de son président, le leader du parti islamo-conservateur Ennahda, Rached Ghannouchi, ont accentué les problèmes au sein de l’Assemblée. Rached Ghannouchi a qualifié de «coup d’Etat» les décisions de Kaïs Saïed. Dimanche soir, il n’a pas pu entrer au Parlement, empêché par l’armée qui a été aussi déployée devant le siège de la Télévision nationale, plusieurs institutions et l’avenue Habib-Bourguiba, épicentre de la révolution de janvier 2011. Kaïs Saïed s’y est, lui, rendu tard dans la nuit pour réaffirmer face aux médias que ses décisions étaient «constitutionnelles». Malgré les scènes de liesse dans les rues tunisiennes, et la popularité dont jouit le président, élu avec 72 % des suffrages en 2019, de nombreuses questions demeurent à l’issue de cette nuit théâtrale.

Des affrontements éclatent devant le Parlement
Des affrontements ont éclaté hier matin devant le Parlement tunisien. A Tunis, plusieurs centaines de partisans du Président Saïed ont empêché les soutiens du principal parti parlementaire Ennahda de se rapprocher de leur chef, Rached Ghannouchi, également président de la Chambre. Des jets de bouteilles et de pierres ont eu lieu de part et d’autre. A bord d’une voiture stationnée devant la porte close du bâtiment depuis plusieurs heures, M. Ghannouchi était empêché d’y entrer par des forces militaires, a constaté l’Agence France Presse sur place.

M. B.

 

Le Président Tebboune reçoit un appel de Kaïs Saïed
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu, hier, un appel téléphonique de son homologue tunisien Kaïs Saïed, durant lequel a été évoquée la situation en Tunisie, a indiqué un communiqué de la Présidence de la République. «Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a reçu, lundi, un communiqué de son frère Kaïs Saïed, président de la République tunisienne, au cours duquel ont été évoqué les développements de la situation en Tunisie. Les deux présidents ont abordé également les perspectives des relations algéro-tunisiennes et les voies et moyens de leur consolidation», lit-on dans le communiqué.

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