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lundi 20 mai 2024

Paris et Niamey se parlent malgré tout

Contrairement à ce qu’on pouvait penser sur la foi des déclarations publiques des concernés, qui elles laissaient craindre leur affrontement, qui plus est dans un avenir proche, Paris et Niamey non seulement sont en train de se parler, mais sont déjà parvenus à s’entendre sur un point touchant une des deux demandes de Niamey : le départ des forces françaises stationnées au Niger. Cette révélation vient d’être faite par le journal «Le Monde». Comme elle n’a été démentie ni par un côté ni par l’autre, on peut l’estimer doublement confirmée. Quant à l’autre demande nigérienne, réitérée maintes fois depuis le renversement de Mohamed Bazoum, à savoir le rappel par Paris de son ambassadeur à Niamey, le nommé Sylvain Itté, elle en revanche reste posée dans les mêmes termes que précédemment. Il semble donc que pour la France, il est plus facile de céder sur la première demande que sur la deuxième ; plus facile de retirer une partie de ses 1 500 soldats que de changer d’ambassadeur, ce qu’en fait attendent d’elle les nouvelles autorités nigériennes, vu que leur intention n’est pas de rompre toute relation avec elle.

Mais exiger mordicus le départ d’un ambassadeur, ne revient-il pas en réalité à rompre avec son pays, sauf qu’on se refuse à prendre soi-même cette initiative, la laissant au vis-à-vis ? Pour l’heure, on ignore le nombre de soldats devant quitter le Niger, si l’on sait par contre où ils iront, au Tchad, où la France est déjà présente militairement. Peut-être que pour s’épargner l’affront d’avoir à rapatrier Sylvain Itté, persona non grata à Niamey, qui lui n’est pas divisible, la France ira-t-elle jusqu’à reprendre tous ses soldats présents au Niger, à supposer qu’elle puisse leur trouver à tous un endroit où les caser, un endroit qui ne soit pas trop éloigné de leur emplacement actuel. Elle aurait pu s’épargner tous ces désagréments si elle n’avait pas fait de la double restauration au Niger, celle de Mohamed Bazoum et celle de l’ordre constitutionnel, une condition sine qua non, dont la satisfaction seule était à même de faire tomber son courroux. Les auteurs du coup d’Etat avaient commencé par dire du bien d’elle, même s’ils ne l’avaient pas nommée dans leur premier communiqué, où ils avaient pris soin de qualifier la présence militaire étrangère d’«appréciée et d’appréciable». Bien entendu, ils faisaient ainsi allusion aux deux présences, l’américaine et la française. Mais alors que les Américains s’étaient hâtés de saisir au vol le marché ainsi fait, c’est-à-dire rester au Niger à condition d’accepter le fait accompli du putsch, et avaient envoyé la redoutable Victoria Nuland le mettre au point, les Français eux s’étaient aussitôt mis sur leurs ergots, disant qu’il était hors de question pour eux de s’entendre sur quoi que ce soit avec des putschistes, et ne se satisfaire toujours que de la double restauration. Autrement, ils interviendraient, de préférence en même temps que la Cédéao, mais sans elle si comme les Américains elle faisait défaut à son tour. Depuis que le président français a réitéré son offre de service à la Cédéao, ce qu’il a fait lors de la rencontre avec les ambassadeurs de son pays, celle-ci a marqué un pas de recul, fort intéressée à l’idée que la France y aille toute seule. Mais voilà qu’on apprend qu’en fait celle-ci négociait en sous-main, avec ces mêmes putschistes qu’elle vouait aux gémonies.

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