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dimanche 27 novembre 2022

Originalité

Il arrive fréquemment que quelques années précédant une élection présidentielle l’on ait du mal à prédire quelles personnalités sortiront du lot au moment du début de la course à la fonction suprême. Cela fut notoirement le cas en 2016, lorsque Donald Trump, qui était jusqu’alors exclusivement un objet de moquerie, est devenu le candidat officiel du Parti républicain, puis le vainqueur de la présidentielle. Même chose pour Emmanuel Macron, qui était encore totalement inconnu du grand public trois ans seulement avant sa victoire en 2017. Aujourd’hui, c’est l’homme qui a rempli de nombreuses fonctions officielles d’importance, notamment en étant ministre par trois fois, mais qui a toujours su rester discret, qui fait parler de lui pour la présidentielle de 2022. Son CV est l’un des plus riches parmi ceux des hommes politiques en activité : ministre, député, sénateur, eurodéputé, deux fois commissaire européen. Étonnante trajectoire de celui qui porta également avec succès la candidature olympique d’Albertville en 1992. Ses réussites ne lui ont pourtant pas permis de sortir d’une certaine indifférence médiatique. Gaulliste depuis l’âge de 14 ans, il a passé l’essentiel de sa carrière aux marges de sa famille politique. Ni chiraquien ni sarkozyste du premier cercle, Barnier a cultivé son originalité. Michel Barnier, qui s’est distingué ces dernières années en tant que négociateur en chef chargé de la préparation et de la conduite des négociations avec le Royaume-Uni, est de plus en plus évoqué comme un possible concurrent de Xavier Bertrand à droite. Barnier et Bertrand se sont d’ailleurs soigneusement évités hier au Touquet, lors d’un colloque consacré aux conséquences du Brexit. L’ancien négociateur était bien présent dans la cité balnéaire de la Côte d’Opale pour sa première prise de parole depuis la fin de sa mission européenne, mais le président de la région Hauts-de-France a préféré intervenir par visio depuis Lille. Par rapport à Macron, le plus européen des gaullistes n’a pas digéré que le président ne défende pas sa candidature à la présidence de la Commission. En privé, il se montre sévère avec l’action du président de la République. «Il a raté le coche», assène-t-il, lui reprochant un exercice du pouvoir trop solitaire et arrogant. Discret depuis la fin de sa mission sur le Brexit, Michel Barnier publie le 6 mai «La grande illusion». Dans son journal secret du Brexit, il dessine une «méthode» pour «écouter, comprendre et répondre». «J’ai géré pendant quatre ans quelque chose d’improbable qui s’est produit. Oui, l’élection de Marine Le Pen est possible en France si on n’écoute pas la colère sociale», confie-t-il. Car son livre est aussi un avertissement. Il travaille au sein de LR à l’élaboration d’un «diagnostic commun» sur l’Europe avant la présidence française. L’homme, qui semble peu douter de lui-même, ira ensuite à la rencontre des Français, convaincu qu’il peut être le pacificateur d’une droite sans chef incontesté. Pour l’instant, aucune étude d’opinion n’offre toutefois de perspectives sur ses chances de réussite auprès des électeurs français.

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