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Alger
jeudi 25 avril 2024

Obstination algérienne vs veto américain

Pour la deuxième fois depuis qu’elle siège au Conseil de sécurité, l’Algérie n’est pas parvenue à faire passer une résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat à Ghaza, échouant ce faisant d’une seule voix, mais celle-ci était décisive, puisqu’elle était celle du veto américain, lui aussi utilisé pour la deuxième fois, et enrobé dans les mêmes arguties qui ne trompent personne. Du point de vue algérien l’urgence est dans la famine qui s’installe dans Ghaza, conséquence d’une politique délibérée de la part de l’armée israélienne, qui tire sur les convois humanitaires, notamment lorsqu’ils se dirigent vers le nord. Pour les Américains, l’urgence n’est nulle part au contraire. En l’espèce, la sagesse consisterait plutôt à se garder de rien faire dans la précipitation, à laisser les choses mûrir à leur rythme naturel, d’autant qu’une négociation prometteuse serait en cours, qui à coup sûr serait compromise par l’initiative algérienne. Une série de sophismes dont l’ambassadeur algérien auprès de l’ONU a fait justice en leur objectant que toute opposition au texte mis aux voix est en fait une acceptation de la politique de privation de nourriture dont sont d’ores et déjà victimes les habitants de Ghaza. Sans doute était-il couru d’avance qu’une résolution comme celle qui a été présentée par l’Algérie rencontre le veto américain.

Fallait-il dans ces conditions ne pas la proposer, ne rien tenter, se taire, laisser faire ? Non, l’Algérie a eu raison de revenir à la charge, d’en proposer une autre, tout en étant certaine du sort qui attendait ce deuxième essai aussi. Demain, c’est ce qu’elle referait, n’ayant aucune autre arme en sa disposition. Si son texte a été approuvé par 13 voix sur 15, un seul membre s’étant abstenu, c’est qu’il n’avait rien d’excessif comme l’a laissé suggérer la représentante américaine ; c’est qu’au contraire il était consensuel. Celle-ci n’aurait pas recouru à cette arme caractéristique des puissants se trouvant à court d’arguments, si elle avait pu s’assurer l’appui d’un petit nombre des meilleurs alliés de son pays, qui pourtant n’en manquaient pas dans la salle. Se rabattre sur le droit de veto et avouer son isolement, au fond c’est la même chose. L’administration Biden est exposée à un grand danger dont on ne peut jurer qu’elle soit parfaitement consciente. C’est le suivant : si dans quelques semaines la famine accentue son emprise sur Ghaza, et que la Cour internationale de justice se décide alors à accuser Israël de génocide, ce qui clairement est déjà le cas, les Etats-Unis pourraient continuer d’opposer leur veto à toute condamnation d’Israël, ils n’en seraient pas moins tenus pour complices de ses crimes. Dès aujourd’hui, leurs meilleurs alliés votent contre eux lors des grandes occasions, ne craignant pas de mêler leurs voix à celles de la Russie et de la Chine. C’est comme si un navire coulait et que ses rats se hâtaient de le quitter. En Ukraine, la guerre est perdue, et à Ghaza, Israël est occupé à commettre un génocide au lieu de gagner la sienne. Les Etats-Unis auraient laissé passer la résolution algérienne s’ils étaient certains qu’au final la victoire reviendrait à Israël, ne serait-ce que pour empêcher ce dernier de devenir inutilement génocidaire. Ils la font capoter parce qu’accepter un cessez-le-feu, pour indiqué qu’il soit au vu des circonstances actuelles, c’est du même coup admettre qu’Israël a perdu contre le Hamas, ce à quoi ils ne sont pas prêts pour le moment.
M. H.

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