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mardi 16 août 2022

Nobel de la paix: Deux champions d’une liberté de la presse menacée reçoivent le prix

Elle risque la prison, lui a enterré plusieurs collègues: deux champions de la liberté de la presse, la Philippine Maria Ressa et le Russe Dmitri Mouratov, recevaient hier à Oslo un Nobel de la paix qui couronne une profession en danger.

Mme Ressa, cofondatrice du site d’information Rappler, et M. Mouratov, rédacteur en chef du journal indépendant Novaïa Gazeta, s’étaient vu attribuer le Nobel début octobre pour leur combat pour la « sauvegarde de la liberté d’expression ».

« Il faut prendre soin des journalistes. Aucun article ne mérite le prix de leur vie », a déclaré le lauréat russe devant un parterre d’enfants peu avant la remise du prix.

Le prix de la paix –un diplôme, une médaille d’or et un chèque de dix millions de couronnes suédoises (environ 975.000 euros)– leur est remis lors d’une cérémonie au format réduit, Covid oblige, qui commence à 13H00 (12H00 GMT) à l’Hôtel de ville d’Oslo.

« Une société et une démocratie saines sont dépendantes d’une information fiable », a réaffirmé jeudi la présidente du comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen, en fustigeant propagande, désinformation et « fake news ».

La presse libre et indépendante est menacée à travers le monde, ne cessent d’alerter les défenseurs de l’information.
Pour Mme Ressa, la prestigieuse récompense n’a pas amélioré la situation dans son pays, 138e dans le classement de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF).
« Cette lumière Nobel est aveuglante », a confié la journaliste de 58 ans à l’AFP, encore stupéfaite d’avoir remporté le prix et mimant le célèbre personnage du tableau « Le Cri » d’Edvard Munch.
« Elle est pour tous les journalistes à travers le monde. Nous voyons le recul de la qualité du journalisme, de la sécurité des journalistes et de la qualité des démocraties au cours de la décennie », a-t-elle dit, quelques instants avant de recevoir la prestigieuse récompense.

Mercredi encore, un de ses compatriotes, Jess Malabanan, correspondant du Manila Standard, a été abattu d’une balle dans la tête. Également collaborateur de Reuters, il avait travaillé sur le sujet sensible de la guerre contre la drogue aux Philippines.

Si l’hypothèse d’un meurtre lié à son métier était confirmée, ce serait selon RSF le 16e journaliste philippin tué sous la présidence de Rodrigo Duterte, débutée en 2016.

Aux manettes de Rappler, un site très critique du président philippin, Mme Ressa est elle-même l’objet de sept poursuites judiciaires au total dans son pays.

Condamnée pour diffamation l’an dernier mais en liberté conditionnelle en attendant un jugement en appel, elle a été contrainte de demander à quatre tribunaux la permission d’aller chercher son Nobel en personne.

Agé de 60 ans, M. Mouratov dirige, lui, un des rares organes de presse encore indépendants dans un paysage médiatique russe largement mis au pas.

Notamment connu pour ses enquêtes sur la corruption et les atteintes aux droits humains en Tchétchénie, Novaïa Gazeta a été endeuillé par la mort de six de ses collaborateurs depuis les années 1990, dont la célèbre journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006.

« Je pense qu’au cours des 30 années d’existence de notre journal, nous avons fait tant de choses positives pour le pays que faire de nous déclarer +agents de l’étranger+ serait néfaste pour la puissance de notre pays » et « serait quelque chose de stupide », a dit M. Mouratov dans un entretien à l’AFP.

Censé viser ceux qui reçoivent un « financement étranger » et mènent une « activité politique », l’infamant statut d' »agent de l’étranger » est attribué à de nombreux journalistes et médias critiques du Kremlin, une désignation qui complique grandement leur activité. La Russie figure à la 150e place du classement de RSF.

Le président russe Vladimir Poutine a prévenu que le prix Nobel n’était pas un « bouclier » protégeant de ce statut.

Au 1er décembre, au moins 1.636 journalistes ont été tués à travers le monde depuis 20 ans, selon le bilan de RSF, dont 46 depuis le début de l’année.

Jamais le nombre de journalistes emprisonnés dans le monde n’a été aussi élevé, a par ailleurs dénoncé jeudi le Comité de protection des journalistes (CPJ): 293 reporters sont aujourd’hui derrière les barreaux, selon l’association.

La cérémonie d’Oslo devait aussi voir le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley, recevoir le Nobel de la paix décerné l’an dernier à l’agence humanitaire de l’ONU. Les festivités Nobel avaient été en grande partie annulées l’an dernier à cause de la pandémie.

Pour les mêmes raisons, les lauréats des autres Nobel 2021 (médecine, physique, chimie, littérature et économie), habituellement remis à Stockholm, les ont tous déjà reçus cette semaine dans leurs pays de résidence.

Une cérémonie en leur honneur est toutefois organisée dans la capitale suédoise, en présence de la famille royale.

 Mourad M.

 

 

 

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