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jeudi 25 avril 2024

Netanyahou est à prendre au mot

Comment faut-il prendre le chef du gouvernement israélien Benyamin Netanyahou lorsqu’il dissocie aussi ostensiblement l’éventualité d’un accord avec le Hamas et l’offensive sur Rafah, qui, insiste-t-il, aura lieu dans tous les cas de figure ? Et il précise, pour être parfaitement compris par tout un chacun, ami comme ennemi, que si au bout du compte accord il y a, l’opération sera un peu retardée, voilà tout, alors que s’il n’y en a pas, l’affaire est entendue, elle sera lancée sans plus attendre. Faut-il prendre ce genre de déclarations de sa part au pied de la lettre, ou plutôt comme un moyen de pression sur le Hamas pour l’amener sur des positions plus acceptables pour lui ? Il faut le prendre au mot, ce que probablement fait depuis le début la résistance, qui sait mieux que quiconque à qui en l’espèce elle a affaire. La réalité, c’est qu’Israël, pas seulement donc son Premier ministre, ne peut pas se permettre de régler le conflit en cours depuis plusieurs mois maintenant par la seule négociation, car cela signifierait pour lui accepter l’idée que le Hamas survive à la guerre tout en restant la force dominante à Ghaza. Un accord entraînant la reddition du Hamas, et par la même occasion des autres groupes de la résistance, oui, et encore, à condition que les otages soient libérés sains et saufs jusqu’au dernier.

Mais un accord pour l’essentiel aux conditions du Hamas, c’est-à-dire instauration d’un cessez-le-feu durable sous les auspices duquel il sera procédé à des échanges de prisonniers, non, car ce serait du point de vue israélien transformer une victoire militaire certaine, à défaut d’être d’ores et déjà acquise, en une défaite politique manifeste. Bien entendu, le seul fait qu’Israël n’ait pas encore définitivement fermé la porte de la négociation prouve qu’il n’a pas encore gagné la guerre. S’il a détruit Ghaza, en revanche il n’a toujours pas eu raison de sa résistance. Il s’en faut même de beaucoup, comme nombre de responsables le reconnaissent, qui parlent de guerre appelée à durer encore longtemps. Netanyahou s’exprime comme un général qui a déjà gagné la guerre, mais dans le même temps négocie, il est vrai honteusement, comme un général à la peine sur le champ de bataille. Or dans la situation qui est la sienne ne pas avoir gagné, c’est avoir perdu. Quelqu’un qui n’a pas encore remporté la victoire, mais qui parle comme s’il était déjà le vainqueur, et qu’il avait le droit de vie ou de mort sur l’ennemi, tel se présente pour l’heure Netanyahou, et avec lui tout Israël. Dans un avenir sûrement pas trop éloigné, se faisant à l’idée que la résistance résiste tant sur le terrain politique que sur le terrain militaire, il sera obligé soit de céder à ses conditions, soit de tourner la page de la négociation, et à ce moment d’ordonner à ses troupes d’entrer dans Rafah. Comme ailleurs dans Ghaza, il y tournera en rond, semant mort et désolation sur son passage, mais sans pouvoir jamais acculer la résistance dans son dernier réduit, dont le gros des forces se sera transporté ailleurs. Il a pu constater avec quelle vitesse le Hamas rejaillissait vivant là où lui-même avait cru l’avoir foudroyé. Il est probable que lorsqu’il se décidera à envahir Rafah, la résistance refera surface sur ses arrières avec une détermination et une énergie renouvelées.

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