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vendredi 7 octobre 2022

Mostaganem: «El Kariel» a dignement célébré l’indépendance un soir du 4 juillet 1962

Suite à l’annonce du cessez-le-feu, un 19 mars 1962, «El Kariel», faubourg de la vieille ville de Mostaganem, fief des fidayines, a accueilli la nouvelle avec une exaltation propagée comme pour se débarrasser d’une douleur chronique.
Ce quartier, de par la complexité de sa géographie, a abrité, durant l’époque post indépendance, toute l’organisation de la résistance urbaine. Aujourd’hui et par devoir de mémoire, l’occasion de la fête de la libération du pays du joug colonial nous renvoie vers ce faubourg du bas Tigditt pour un témoignage qui est celui d’un quartier martyr. Là-bas, dans la crevasse, dominé par le quartier européen de l’Avenue Raynal, El Kariel a, durant les dernières années de la guerre de Libération, joué un rôle historique non encore évoqué. Ce faubourg, maltraité par la nature, séparé par les vergers de Pascual l’Espagnol, a subi non seulement une répression indescriptible et féroce par l’occuppant mais aussi des représailles inhumaines d’actes assassins. Le 59e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie rappelle, encore et toujours, que le «Kariel» fût une véritable organisation terroriste de l’OAS. Les habitants de cette cité de Tigdiit, les «indigènes» qui y vivaient, se souviennent avec toutes les autres familles musulmanes, des souffrances de l’époque. Des familles entières pourchassées par la peur et la terreur de l’Organisation Armée Secrète ont trouvé le gîte par solidarité, s’épargnant ainsi une mort certaine. Une solidarité préconisée par le FLN pour faire face à l’enragement de ceux qui préconisaient l’Algérie française. Ce faubourg indigène, comme le prénommaient les colons français, a donné cher de ses enfants. Sur le viseur de la police française, El Kariel dans ses labyrinthes s’organisait les Mekhbates (cachettes ndrl) pour les liaisons, le financement, la solidarité et le militantisme même celui des mères de famille trop impliquées. Face à la vague d’assassinats perpétrés par les membres de l’OAS, El Kariel faisait souffler le vent de la liberté par le courage et la détermination. Ses habitants des maisons de voisinage ont utilisé leurs puits comme caches pour les fidayines et les armes.
Dans les marabouts de Sidi Afif, Sidi Abdelkader et les autres, les Mkadems et les cheikhs des écoles coraniques ont parfaitement joué le rôle d’agents de liaison comme ils ont contribué pleinement à faire croître la propagande de l’Algérie algérienne. En réponse à l’appel du FLN, même des enfants ont eu pour rôle de surveiller l’ennemi. Dès la fin des années cinquante et face à une situation politique très ambiguë et assez complexe, le FLN devait prendre les choses en main dans le quartier, afin de protéger ces populations vulnérables. Certes, juste en face des postes de commandement de l’OAS séparés par l’Oued Ain Sefra, les vergers Pascual, des Bessekouma, des Benchendikh et de Bouhella se constituent en fronts des fidayines contre la menace des terroristes pro- Algérie française. Afin d’élargir la vigilance, le FLN organise des comités en zonant le quartier. Des comités dans chacune des rues veillant la nuit dans des baraques érigées en tourelles sur les terrasses des demeures pour prévenir les incursions des membres de l’OAS.
En face, sur la façade ouest de l’avenue Raynal, des Français, des Espagnols, des Corses et des Italiens, endoctrinés par les messages de haine du général Salan, tiraient à vue sur les musulmans d’en bas. Poussant l’horreur à fond, ces fanatiques avaient même dressé des mortiers comme menace. Durant la journée, en présence de la menace de mort, El Kariel se paralysait, pas âme qui circulait. Les attaques de l’OAS étaient imprévisibles et chaque jour on endeuillait le quartier par la mort d’un musulman.
Par conséquent, les funérailles se faisaient dans la discrétion, évitant ainsi tout attroupement. Ces fanatiques de l’Algérie française d’en face narguaient les musulmans durant toute la journée, par de la propagande sonore et à travers les cerfs- volants géants en «bleu-blanc-rouge». Les Algériens, à leur tour, leur répondaient avec des cerfs-volants de fortune, vert rouge et blanc, cousus dans la précipitation, en scandant «A bas Salan, A bas Guy mollet… Salan au poteau», avec les bruits incessant des casseroles, des «Tahya El Djazair» et des youyous aigus et porteurs d’espoir. Les jeunes du Kariel et malgré la menace, bravaient le danger, utilisant des lance-pierres en faisant des incursions nocturnes dans le quartier des Européens. L’armée française, de par les territoriaux, semblait être dépassée par les évènements.
La force locale, installée à l’Ecole des tapis pour s’interposer, était restée à l’expectative. Les évènements s’accéléraient et les mouvements incessants des fidayines dans le quartier donnaient aux habitants un espoir de plus en plus certain. Les murs du quartier gardent, jusqu’à ce jour, les stigmates des balles et de l’horreur vécue. En goudron des grafettis de «Vive FLN… Vive GPRA…» sont encore sur les murs du quartier martyr «El Kariel». La veille du 5 juillet 1962, ce faubourg a eu le mérite d’abriter avec la fête de l’Indépendance à Mostaganem.
Lotfi Abdelmadjid

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