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jeudi 29 septembre 2022

Moscou en ligne de mire

Demain 9 mai, pour la première fois depuis plusieurs semaines, les yeux du monde entier seront tournés non pas vers l’Ukraine, où se déroule le nouveau chapitre d’un conflit qui n’en finit pas entre les Etats-Unis entourés de leur halo d’alliés et la Russie, mais vers Moscou, où sera célébré comme chaque année le Jour de la Victoire remportée contre l’Allemagne nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans la réalité historique, c’est l’Armée rouge qui au terme de sacrifices indicibles a détruit la machine de guerre nazie, sauvant du même coup l’Europe de la plus implacable entreprise d’asservissement l’ayant visée dans son histoire. Au cinéma, cette gloire revient d’abord aux forces armées américaines. Mais si les regards seront tournés vers Moscou, ce n’est évidemment pas pour profiter des fastes de la grande parade militaire sur la Place rouge, mais pour écouter ce que le président russe a à dire à cette occasion. Les Américains avaient commencé par nous avertir que Vladimir Poutine s’en saisirait pour annoncer une nouvelle victoire sur le nazisme, mais qui bien sûr ne serait pas sur les nazis allemands mais sur les nazis ukrainiens, leur dernier avatar, leurs émules, leurs continuateurs. Puis comme la bataille de Marioupol ne se terminait pas dans les temps requis, restant comme bloquée sur son épisode final, ils ont changé d’avis.

Non, plutôt que de proclamer une mini victoire en Ukraine, à ce titre indigne de son prestigieux modèle, il déclarerait en toute solennité une guerre qu’il fait déjà mais qu’il a pris soin d’appeler d’un autre nom, l’«opération spéciale en Ukraine». Ces derniers temps, la tendance des Américains est de s’attribuer le mérite des coups les plus durs assénés par les Ukrainiens aux forces russes. Ce serait grâce à leurs renseignements que les Ukrainiens ont coulé le croiseur Moskva, le premier grand navire de guerre à être détruit depuis fort longtemps. Grâce aussi à leurs tuyaux que les Ukrainiens ont pu localiser et éliminer des généraux russes. Tout cela d’accompli sans qu’eux-mêmes ne soient en guerre contre les Russes. Facile après cela d’imaginer ce dont ils seraient capables si au contraire ils prenaient une part directe au conflit. La tendance des Britanniques est plus provocatrice encore. Ils n’arrêtent pas de promettre aux Ukrainiens des armes de longue portée. Ce langage codé est en fait transparent. Il s’agit, à l’approche justement du Jour de la Victoire, de faire parvenir aux Ukrainiens les moyens militaires leur permettant d’abattre le Pont de Crimée, l’ouvrage inauguré en 2018 reliant la péninsule à la Russie, un sujet de fierté pour les Russes, et un coup qui s’il était ajusté transformerait les réjouissances du 9 mai en désolation. Ces derniers temps, le fait est que cette menace revient assez régulièrement. Les Russes se rassurent en disant avoir pris leurs dispositions, et pas que d’hier, pour que cela n’arrive pas. Mais si malgré tout cela devait se produire, le 9 mai ou un autre jour plus ou moins proche, car on peut être sûr que c’est là un objectif que les Ukrainiens et leurs alliés caressent depuis quelque temps déjà, ce serait pour les Russes un désastre inexpiable, un tournant dans la guerre, ce que n’a pas été la perte du Moskva.

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