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dimanche 18 avril 2021

Mohamed Bennezzar (président-directeur général de l’Enafor) au «Jour d’Algérie» : «Nous cherchons la performance et la pérennité» (Vidéo)

En dépit de la double crise, due à la chute des prix du baril et la pandémie de Covid-19, qui a sapé les performances des entreprise nationales activant dans le secteur des hydrocarbures, l’Entreprise nationale de forage, filiale de la Sonatrach, tente de maintenir ses performances de leader dans son créneau et surtout surpasser la crise en cours. Tout en nous présentant son entreprise, Mohamed Bennezzar, président-directeur général, expose au «Jour d’Algérie» les contours du défi que compte relever l’Enafor.

Entretien réalisé par Mourad Hadjersi

Le Jour d’Algérie : Peut-on avoir un aperçu sur le métier de l’Enafor dans la chaîne de production nationale des hydrocarbures ?
Mohamed Bennezar : L’Entreprise nationale de forage (Enafor) est la deuxième entreprise en matière de réalisation des puits d’hydrocarbres avec
42 % des parts de marché en Algérie. C’est une filiale à 100 % de Sonatrach à travers son holding SPP ( Sonatrach parapétrolier) et dispose de 52 derricks, appareils de forage. Les donneurs d’ordre pour le forage c’est à 100 % Sonatrach, soit à travers sa Division dévelopement pour tout ce qui est inhérent aux puits de développement, soit à travers sa Division d’exploration pour les puits de recherche et exploration, mais c’est la Direction forage qui donne l’ordre à l’Enafor pour réaliser des puits.
L’Enafor a aussi diversifié son portefeuille pour travailler avec les associés, c’est-à-dire les groupements en association. Aujourd’hui, nous avons des appareil de forage avec le groupement (PTTEP) qui développe actuellement son gisement, comme nous avons des appareils avec le groupement (GSE) Sonatrach-Enie et le groupement «Isarene». Nous avons participé à un certain nombre d’appels d’offre avec Total ( TFT), Cepsa-RKF, le groupement de Reggane, comme nous avons participé à des appels d’offres au Moyen- Orient.
L’Enafor dispose ainsi d’une expérience de plus de 54 ans dans le forage. Nous avons travaillé à l’international au Sultanat de Oman, de 2005 à 2011, où nous avons réalisé 11 puits. Dans cette perspective, et vu la réduction du plan de charge au niveau national, nous comptons nous développer à l’international.

L’Enafor a-t-elle les ressources humaines et logistiques pour ses plans de charge ?
L’effectif global de l’Enafor dans son ensemble est de 6 780 agents, dont 45 permanents, le reste est composé de contractuels, avec des contrats à long terme. Nous disposons d’infrastructures logistiques, c’est-à-dire, en dehors des 52 derricks, nous avons des infrastructures en termes de maintenances des appareils. Pour la certification, nous sommes soumis à des conditions du marché international, donc nous nous imposons les certifications de nos équipements, nous avons des bases de vie et des camps de forage pour le logement et la nourriture pour tout le personnel qui travaille au niveau de l’Enafor.

Comment l’entreprise a-t-elle géré la situation exceptionnelle de la pandémie ?
Pour l’année 2020, et en dépit de la crise sanitaire, nous avons déployé tous nos moyens pour faire face. Au début, c’était le confinement de 14 jours. Après le développement de la situation, nous procédons à des tests dans le nord du pays avant que nos agents ne viennent sur site, donc toute personne déclarée positive est orientée vers les centres Covid au niveau de sa localité de résidence. Les personnes déclarées négatives sont transportées mais doivent subir des tests une fois sur place et cinq jours de confinement avant qu’ils ne rejoignent les chantiers de forage pour éviter toute contamination ou tout problème de fermeture du chantier. Et Dieu merci, nous n’avons fermé aucun site.

Reste que la situation dans son ensemble demeure délicate à gérer jusqu’à ce jour…
En dépit de cette pandémie et malgré la réduction du plan de charge, la situation reste délicate. Le baril est à un niveau bas, donc une réduction du plan de charge s’impose. Nous avons aujourd’hui huit appareils de forage qui sont sans plan de charge, c’est plus de 700 personnes qui gravitent autour de ces derricks, sans compter le personnel de sécurité, du catering, du transport et d’autres, donc c’est une population qui avoisine les 1 000 personnes. Jusqu’à ce jour, ils sont là, on essaye de leur donner du travail, soit en maintenance, préparation ou entretien des appareils qui sont à l’arrêt. Cela ne nous empêche pas de déployer, entre-temps, tous les efforts pour pouvoir placer ces appareils. Ceci dit, il y a des appareils qui vont reprendre au mois d’avril. Nous faisons dans l’effort pendant cette période, parce qu’il y a ce qu’on appelle la formation certifiante qui est obligatoire pour les personnes qui travaillent directement sur les derricks. C’est un personnel qui doit avoir un certificat de qualification valide. Elle est périodique, et à chaque fois il faut une formation à un examen, donc nous sommes en train de profiter de cette situation pour justement former nos agents pour ne pas impacter les chantiers en activité. En somme, bien que l’Enafor a enregistré, pour la première fois, un résultat au-dessous des attentes, nous prévoyons tout de même de réaliser une performance positive pour l’année en cours.

Peut-on connaître les points forts et les performances de l’Enafor ?
L’Enafor c’est d’abord son capital expérience. Elle a capitalisé 54 ans d’expertise et d’expérience dans le domaine du forage des puits pétroliers et gaziers, et c’est ce qui nous distingue des autres. Pour rappel, nous avons réalisé le premier forage horizontal en Algérie, avec l’appareil Enafor 15, dans la région de Hassi R’mel. De 1994 à 1996, l’entreprise à fait ce qu’on appelle des puits d’hydrocarbures «clé en main», c’est-à-dire du génie civil au forage, jusqu’à la remise du puits au client. Aujourd’hui, l’entreprise ne le fait plus du fait qu’il y a d’autres entreprises filiales de la Sonatrach qui le font. En 2004, l’Enafor a adhéré à l’Association internationale des contracteurs de forage ( IADC), International Association of Drilling Contractors. L’année suivante, l’Enafor a réalisé son premier puits EBD (under-balance) dans la région de Hassi Messaoud, à cela s’ajoute notre performance réalisée au Sultanat d’Oman (réalisation de 11 puits), en 2007 le premier puits HP / HT (haute pression – haute température) avec Enafor-13 et Enafor-15 au niveau de Berkine. En 2008, l’Enafor a foré le puits le plus profond en Algérie, de 6 304 mètres, avec Enafor-16, dans la région de Berkine, et c’est l’Enafor qui a introduit en Algérie le premier BOP (Blow Out Preventer) de 1000 psi de la nouvelle génération, un équipement qui protèges les irruptions en cas de problèmes. En 2005, Enafor a été la première entreprise du secteur à avoir mis en place un système d’information intégré, c’est-à-dire qu’aujourd’hui tout est intégré dans un seul système, des approvisionnements des stocks, de la comptabilité, absolument tout. Nous avons un ERP (Entreprise Ressource Planning) qui est à chaque fois mis à niveau et Sonatrach est en train de l’installer. Enfin, en 2017, nous avons acquis le derrick le plus puissant en Algérie, c’est l’Enafor-59, de 3000 HP.

Quand vous évoquez votre démarche à l’international, l’entreprise élabore ses propres stratégies ou sont-elles liées à celle de la société mère Sonatrach ?
Nous travaillons dans le cadre de la stratégie tracée par le Groupe Sonatrach, parce que nous sommes un outil de Sonatrach. Donc nous sommes là, justement, pour appliquer la stratégie qui découle du Groupe. Par ailleurs, c’est Sonatrach qui nous demande de diversifier notre portefeuille et de profiter de cette opportunité durant cette période délicate de baisse de plan de charge en Algérie.

Qu’en est-il du volet de la formation ?
Enafor a un programme de formation qui est établi annuellement et consolidé par la structure chargée de la formation. Il y a plusieurs types de formation, il y a celle d’une nouvelle recrue qui doit être soumise à tout un programme fait en interne. A cet effet, nous avons une «Sonde-école» où tout se fera avant d’aller sur chantier et s’est fait au réel. Il y a aussi les formations de perfectionnement et de recyclage du personnel en poste, avec les technologies avancées, soit en termes de certification, soit de système de contrôle. Nous sommes en train d’acquérir des équipements sophistiqués, donc des formations de perfectionnement s’imposent. De même que les agents qui sont en poste, pendant la période de congé l’entreprise leur prend une semaine, parfois dix jours, pour des recyclages au niveau de la «Sonde-école». C’est un «passeport» pour que le foreur puisse accéder au chantier et il doit réussir cet examen, à défaut il serait dans l’obligation de le refaire pour pouvoir travailler. C’est une formation qui est inscrite pour tout le personnel et elle comprend le levage, manutention, équipement de protection et autres. En parallèle, nous avons des programmes de formation pour préparer le personnel «middle-management» pour des postes de commandement, généralement des MBA, avec des écoles spécialisées telles que l’IAP (Institut algérien de pétrole) et l’INPED – Boumerdès (Institut national de la productivité et du développement industriel) pour le management.

Dans ce même registre, l’Enafor a-t-elle des relations avec les secteurs de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle ?
Absolument. Nous avons des relations étroites avec l’Université de Ouargla, nous avons même des professeurs qui viennent pour nous prodiguer des formations, comme nous avons des accords avec l’Université de Boumerdès sur le volet instrumentation et contrôle. Ce sont des relations très étroites pour former et accompagner nos ingénieurs en termes de mise à niveau avec certains équipements. Dans le même sillage, nous formons aussi le personnel des centres de formation professionnelle, nous avons une convention avec le Centre de formation professionnelle de Ouargala et dans toutes les wilayas du Sud du pays où nous travaillons. Je citerai Illizi, Adrar, Tamanrasset, El Bayadh et récemment M’sila. Tout ce monde est formé au niveau de notre «Sonde-école», ici à Hassi Messaoud, pour une durée de 18 mois, avec des présalaires. Après, s’il y a un besoin en termes de recrutement, ils sont prioritaires. A travers, notre «Sonde-école», nous pouvons dire que nous avons une sorte d’Université ou école au niveau de l’Enafor.

La Sonatrach a enclenché une stratégie de prospection en Offshore. Au niveau de l’Enafor, l’entreprise se prépare-t-elle à ce challenge et a-t-elle mis en place une structure pour s’engager dans cette éventualité ?
Vous savez, dans le métier du forage c’est l’infrastructure qui doit répondre à ces besoins spécifiques. Et pour être franc, on ne se concentre pas totalement à cette éventualité pour la simple et unique raison que le programme de forage algérien traverse une période délicate, du moins à cause de la chute des prix du pétrole. Ceci dit, étant du forage, même en offshore, l’Enafor peut le réaliser parce que c’est son métier. Il suffit juste d’acquérir ou d’adapter un peu notre parc. Pour un ou deux appareils, nous pourrons les adapter pour réaliser ce programme.
M. H.

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