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vendredi 18 juin 2021

Mohamed Bahri, P-DG de NEW DESIGN WOOD INDUSTRY : «La crise économique et la bureaucratie ont freiné notre élan de développement»

Située dans la banlieue d’Oran, New Design Wood Industry est une entreprise spécialisée dans la production de meubles et de portes en bois. Dirigée par Mohamed Bahri, NDWI a la capacité de répondre aux besoins du marché national et d’exporter ses produits. Mais la crise économique, la pandémie de Covid-19 et surtout la bureaucratie ont bloqué l’élan de cette entreprise à la pointe de la technologie.

Par Mehdi Mourad

Mohamed Bahri est bien plus qu’un chef d’entreprise. C’est un véritable passionné. Il est capable de parler des heures durant de la découpe du caisson d’un meuble de cuisine ou de la qualité du cuir d’un fauteuil Chesterfield. Chirurgien dentiste de formation, il a toujours été attiré par la décoration et le design. Et c’est donc tout naturellement qu’il s’est lancé dans la commercialisation de meubles de qualité en créant New Design Office (NDO). L’enseigne se fait vite une place dans le marché à travers des showrooms d’Oran et d’Alger. En plus d’être un esthète, Mohamed Bahri est un chef d’entreprise qui a très vite compris l’intérêt de produire en Algérie. En 2017, il se lance dans un projet aussi fou qu’ambitieux : la construction d’un complexe de production à grande échelle de meubles et de portes.
«New Design Wood Industry est un projet unique en Algérie de par la taille et la qualité des produits», dit-il avec fierté en faisant visiter son usine. «Il y a quelques années, il était impossible de se tenir debout dans cette zone tellement l’air était irrespirable. Nous avons mis plus de 8 mois pour tout nettoyer afin de lancer la construction de l’usine». Mais les ennuis commencent avant même l’entame des travaux d’édification du site de production de NDWI. «Au départ, le projet était constitué de trois bâtiments sur une surface totale de 43000 m2. Il devait y avoir une chaîne de lamination, une chaîne laquage et une chaîne bois. Malheureusement, nous n’avons réussi à mettre en place que la partie réservée à la lamination, les deux autres structures n’ont pas pu être réalisées à cause d’un problème de permis de construire. En effet, l’usine actuelle est construite sur une surface de 9 000 m2 au lieu des 43 000 m2 prévu initialement», regrette-t-il. La raison de ce revirement est simple : «Depuis que nous avons nettoyé cette zone, plusieurs administrations revendiquent la propriété du site».

Technologie, qualité et technicité
Membre actif de la Confédération générale des entreprises algériennes (CGEA), Mohamed Bahri n’est pas homme à baisser les bras. «J’ai commandé une nouvelle étude auprès d’un bureau étranger et avec mes partenaires, nous avons étudié la possibilité d’installer les chaines de production dans le hangar de 9 000 m2». Le Challenge est relevé en un délai record. L’usine ultra moderne de NDWI répond aux normes européennes les plus sévères sur le plan industriel, notamment en matière d’hygiène et de sécurité. «Nos capacités de production sont de 3500 pièces de meubles/jour et 2000 portes/jour. Notre complexe devrait tourner avec 330 employés ; malheureusement, dans la configuration actuelle, il ne fonctionne qu’avec une centaine de personnes. Nous tournons actuellement à 30% de nos capacités», souligne Mohamed Bahri. Plusieurs éléments caractérisent NDWI : la technologie de pointe de ses machines et de ses procédés de fabrication, la qualité du bois et la technicité de ses ingénieurs et techniciens. Un savoir-faire que met en avant Mohamed Bahri dans la production des portes en bois, un des produits phares de NDWI. L’étude de marché réalisé à la création de son entreprise a fait ressortir qu’en Algérie, les portes se détérioraient très vite à cause de la particularité des ménagères à laver les intérieurs à grande eau. «Cette habitude a pour effet de faire gonfler les portes en MDF (aggloméré de copeaux de bois et de papier) puisque l’eau s’y introduit par le bas. Sauf que l’eau et l’humidité n’ont aucun effet sur nos portes et nos cadres puisqu’ils sont faits de bois et recouverts de CPL, un revêtement stratifié extrêmement résistant qui est également personnalisable. Notre process de fabrication de portes est spécifique. Il nous permet de produire des portes qui résistent à l’eau et qui ne se déforment pas. Nous utilisons un bois spécial anti-rotation et anti-déformation pour l’ouvrant et pour le cadre. Les pièces en mélaminé sont assemblées dans nos machines grâce à de la colle polyuréthane, une technologie nouvelle dans le domaine du bois qui assure une protection et une résistance absolue à nos produits. La colle polyuréthane fixe les éléments à une température de 150 degrés ce qui donne une grande résistance à l’eau. Nous sommes loin de la fixation à la colle blanche traditionnelle. Ce sont tous ces éléments de fabrication qui font la qualité de nos produits et assure une parfaite isolation. Nous pouvons également recouvrir les meubles HPL antibactériens, une gamme de stratifié conçue spécialement pour les équipements hospitaliers ou tout autre espace susceptible d’accumuler des germes. Ce résultat nous l’obtenons grâce à la compétence de nos ingénieurs et de nos techniciens et à la technologie de nos machines», assure le chef d’entreprise. Ces portes se caractérisent également par une excellente isolation thermique et phonique de 43 décibels.

Double crise
Mais le P-DG de NDWI regrette le peu d’intérêt des autorités pour ses produits. «Il est vrai que nos principaux clients sont les promoteurs privés. Mais nous avons également pris attache avec les autorités pour les sensibiliser et mettre en avant la qualité de nos produits afin de les intégrer dans les programmes de logements. C’est très important car nos produits répondent aux normes et ils sont très compétitifs. Il y a un grand problème de communication avec les autorités. Au sein de l’administration, on estime que nos produits n’ont pas leur place dans les nouveaux programmes de logements publics».
Il faut dire que NDWI a commencé à produire dans un contexte marqué par la conjonction de la crise économique et la pandémie de Covid-19. L’entreprise a été fortement impactée par cette double crise. «Nous sommes liés directement au BTPH, à la construction promotionnelle et aux projets touristiques. Malheureusement la crise économique et la pandémie de Covid-19 ont paralysé ce secteur stratégique».
Le Coronavirus a également mis les nerfs de Mohamed et de ses ingénieurs à rude épreuve. «La pandémie a éclaté au moment où nous lancions la phase de testing de nos machines. Je tiens à rendre hommages aux jeunes ingénieurs et aux techniciens de NDO et à leurs homologues européens qui ont réussi le challenge de lancer l’usine à distance grâce à Internet et au téléphone. Sincèrement, la richesse de NDWI c’est sa ressource humaine. Malgré les difficultés, je suis heureux de voir des employés pleinement engagés dans ce projet».
Mais Mohamed Bahri regrette l’absence de mécanismes de soutien des pouvoirs publics pour aider les entreprises à dépasser sans encombre cette période de crise. «Il y a certainement une volonté présidentielle pour aider les investisseurs, mais nous n’avons rien vu sur le terrain. Nous sommes devenus des laissés pour compte alors que nous sommes les premiers créateurs de richesses et d’emplois», lance-t-il.

«Fiers de notre algérianité»
Mohamed Bahri appelle à l’instauration d’une «d’une véritable politique industrielle». Selon lui, le redressement de la situation économique et la gestion des effets de la pandémie peuvent être résolus, mais la lutte contre la bureaucratie nécessite des mesures politiques strictes. Il insiste sur le fait qu’il est, aujourd’hui encore, dans l’incapacité d’obtenir les permis de construire pour finaliser la construction des deux autres modules de son complexe de production de meubles. «L’usine est étranglée car les structures de fabrication ont été installées en série alors qu’elles auraient dû être positionnées en chaîne. Les flux de circulation sont encombrés. L’administration ne veut pas comprendre que nous sommes dans une industrie volumineuse. Nous avons la capacité de répondre largement à la demande du marché algérien. Les produits que nous fabriquons sont aux normes de qualité européennes et peuvent donc être exportés sans aucune difficulté. Nous sommes fiers de notre algérianité. Notre partenaire italien nous a cédé le marché africain et du Moyen-Orient ; nous pouvons donc aller très vite vers l’export», ajoute Mohamed Bahri.
Selon lui, le potentiel de son usine est illimité. Portes, meubles, cuisines, mobilier de bureaux, chambres d’hôtels et de clinique, dressings…NDWI peut devenir un géant d’envergure internationale si les autorités accordent les facilités.
M. M.

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