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vendredi 7 octobre 2022

Meurtre

Depuis quelques jours, le problème le plus pressant des mollahs iraniens n’est plus la crise économique qui déchire doucement le pays depuis des années ou même les négociations laborieuses avec les Américains pour remettre sur les rails l’Accord sur le nucléaire, mais bien les soulèvements populaires provoqués par le énième meurtre d’une citoyenne par la police des mœurs. Un meurtre qui est visiblement celui de trop en Iran, où des dizaines de milliers de manifestants ont envahi les rues pour protester contre la politique de la République islamique. Mahsa Amini, âgée de 22 ans et originaire du Kurdistan, a été arrêtée le 13 septembre à Téhéran où elle était en visite avec sa famille, pour «port de vêtements inappropriés», par la police des mœurs, une unité chargée de faire respecter le code vestimentaire strict de la République islamique d’Iran pour les femmes. En Iran, se couvrir les cheveux est obligatoire en public. La police des mœurs interdit en outre aux femmes de porter des manteaux courts au-dessus du genou, des pantalons serrés et des jeans troués ainsi que des tenues de couleurs vives, entre autres. Mahsa Amini est tombée dans le coma après avoir été arrêtée et brutalement battue par la police et est décédée le 16 septembre à l’hôpital, selon la télévision d’État et sa famille. Des militants affirment qu’elle a souffert d’une blessure à la tête alors qu’elle était en détention. La police iranienne a rejeté ces accusations et une enquête a été ouverte. Le décès de la jeune femme a suscité une vague de colère en Iran, où des manifestations ont éclaté samedi au Kurdistan, puis à Téhéran et dans d’autres régions d’Iran. Mardi, le gouverneur du Kurdistan, Ismail Zarei Koosha, cité par l’agence de presse Fars, a fait état de «six morts» lors des manifestations dans différentes localités de la province, sans préciser de date. Il a qualifié ces morts de «suspectes, faisant partie d’un complot fomenté par l’ennemi». Il a aussi affirmé que l’une des victimes avait été tuée par un type d’arme non utilisé par les forces iraniennes. Face à la colère provoquée par le meurtre de la jeune femme, le représentant du guide suprême Ali Khamenei au Kurdistan, Abdolreza Pourzahabi, s’est rendu lundi au domicile familial de Mahsa Amini, selon l’agence Tasnim. L’émissaire a déclaré à la famille que «des mesures seront prises» et que l’ayatollah Khamenei était «peiné» par ce décès. «Comme je l’ai promis à la famille Amini, je suivrai le dossier jusqu’au bout», a-t-il dit. À l’étranger, la Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme par intérim, Nada Al-Nashif, a exprimé «son inquiétude face à la mort en détention de Mahsa Amini […] et à la réaction violente des forces de sécurité aux manifestations», et réclamé une enquête «impartiale et indépendante». Par ailleurs, des dissidents iraniens et d’anciens prisonniers en Iran, dont une universitaire australo-britannique, ont annoncé, mardi à New York, le dépôt d’une plainte au civil visant Ebrahim Raïssi, attendu cette semaine à l’Assemblée générale de l’ONU. Le président iranien est la cible de cette plainte, qui n’avait pas encore été rendue publique mardi soir par le tribunal civil fédéral de Manhattan, pour son rôle de juge en Iran dans les années 1980, lorsque des milliers de personnes y avaient été condamnées à mort, selon l’Union nationale pour la démocratie en Iran (Nufdi). Reste à voir comment la situation évoluera dans les prochains jours en Iran, où d’autres épisodes de soulèvements ont été constaté ces dernières années, notamment pour protester contre la vie chère et les pénuries et ont toujours été dissipés par les forces de l’ordre, souvent dans le sang.

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