13 C
Alger
mercredi 27 janvier 2021

Messaoud Belambri, président du Syndicat des pharmaciens sonne l’alerte: «Médicaments : nous n’avons jamais atteint ce degré de pénurie»

Depuis le début de la pandémie de coronavirus, pénuries et tensions dans l’approvisionnement de médicaments se font ressentir de plus en plus. Plus de 300 produits sont en rupture, dont ceux fabriqués localement comme le Paracétamol, alerte le Syndicat national des pharmaciens.

Par Louisa Ait Ramdane

Alors que le ministre en charge de l’Industrie pharmaceutique a nié l’existence d’une pénurie de médicaments lors de son passage à la radio Chaîne 3, le président du Syndicat national des pharmaciens, Messaoud Belamri, affirme que «personne ne peut nier cette situation qu’il faut solutionner en urgence».
Ainsi, le responsable syndical a pointé du doigt hier la situation dramatique de la pénurie de médicaments, soulignant que «les responsables ont confirmé qu’il n’y aura pas de pénurie de médicaments en septembre dernier et jusqu’à la fin de cette année, mais la réalité confirme le contraire».
Il a indiqué, à cet effet, qu’«au cours du mois de juin, 150 médicaments étaient rares sur le marché, portant le nombre au cours du mois de septembre à 250». Il a souligné qu’actuellement pas moins de 302 produits sont en rupture, parmi lesquels des médicaments de base, dont certains sont importés et d’autres produits localement comme le Paracétamol. «Sans exagération, nous n’avons jamais atteint cette pénurie de médicaments», a déclaré Belamri sur les ondes de la radio Chaîne 1. «Il y a 302 médicaments qui sont absents, tous nécessaires et répartis entre la production locale et ceux de l’importation», a-t-il précisé.
Selon lui, «ces chiffres ne nous incitent pas à être optimistes, d’autant plus qu’ils sont susceptibles d’augmenter».
Ces médicaments sont en rapport avec différentes pathologies, notamment les maladies chroniques, les maladies mentales, le diabète et l’asthme, y compris même le Paracétamol qui est pourtant produit localement, a-t-il relevé.
S’agissant des causes de cette pénurie, l’intervenant explique qu’elle est essentiellement «le résultat des retards accumulés dans la signature des programmes d’importation». «Après le transfert des prérogatives du ministère de la Santé au nouveau ministère de l’Industrie pharmaceutique, le programme a été annulé, et nous ignorons encore son sort», a-t-il détaillé. L’invité de la radio évoque également, comme autre raison, «le manque de transparence et de contrôle, les défaillances enregistrées dans le numérisation du secteur».
Messaoud Belamri a, en outre, critiqué ce qu’il a qualifié de «précipitation dans la réduction de la facture des importations à un taux avoisinant le quart, soit 500 millions de dollars par an». «Les mêmes responsables ont confirmé qu’avant la fin de l’année 500 millions de dollars seraient économisés sur la facture d’importation et remplacés par des médicaments produits localement, mais rien de ce genre ne s’est produit, en témoigne l’absence de nombreux médicaments sur le marché», a-t-il déploré. «Cette démarche a été entamée sans avoir anticipé les garanties à même d’éviter les pénuries et les perturbations des marchés. Il doit y avoir une réponse rapide pour résoudre ce problème, car le patient ne peut plus attendre pour se faire soigner», a-t-il regretté.
Pour conclure, Belambri a proposé de mettre en place «une cellule de vielle pour mener des enquêtes sur le terrain afin de diagnostiquer le problème avec les concessionnaires et trouver des solutions».

L’Association des distributeurs pharmaceutiques élude la «pénurie» et parle de «rareté»
En réponse aux publications récentes parues dans divers médias, notamment des syndicats de pharmaciens concernant la rareté des médicaments, dans lesquelles les distributeurs sont accusés d’être à l’origine, l’Association nationale des distributeurs pharmaceutiques algériens (Adpha) explique que «la déclaration selon laquelle le nombre de médicaments manquants dépassent 300 médicaments est une exagération, car le nombre exact de médicaments manquants ne dépasse pas 100 produits», indique un communiqué de l’Association.
Pour cette Association, «la vraie raison de cette rareté est la forte propagation de la pandémie qui a engendré une augmentation significative de la demande de certains produits, d’une part, et à des perturbations dans l’approvisionnement du marché mondial des matières premières et des perturbations enregistrées dans les moyens de transport, d’autre part», ajoutant que «ces informations sont largement accessibles sur internet».
«Accuser les distributeurs d’être à l’origine de ce phénomène, ou d’en avoir bénéficié, porte un grand préjudice à leur égard car en plus des patients, ils sont aussi des victimes de cette situation, et ce, surtout avec les pressions supplémentaires qui leur sont imposées qui de surcroît augmentent la difficulté d’exercer leur métier dans ces conditions de santé exceptionnelles», explique-t-on.
L’Association relève que «la multiplication de ces déclarations malveillantes entraînera une augmentation de la crainte des citoyens, en particulier des personnes atteintes de maladies chroniques, du risque de perdre l’accès à leurs médicaments, ce qui les poussera à effectuer des stockages préventifs et à l’élargissement de ces pénuries à d’autres produits».
«Vouloir instrumentaliser cette rupture de certains produits en lançant une campagne médiatique visant à atteindre des objectifs syndicaux en pleine pandémie et au détriment de la santé des citoyens, de la réputation des sociétés de distribution et de fabrication de médicaments, est un acte condamnable qui doit cesser et être plutôt remplacé par un dialogue responsable entre toutes les parties concernées sous le patronage du ministère de l’Industrie pharmaceutique», conclut le communiqué.

L. A. R.

Article récent

--Pub--

Articles de la catégorie

- Advertisement -