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samedi 3 décembre 2022

Menaces

Qui se souvient encore des trois années durant lesquelles l’Iran et l’Occident ont, prudemment, lors du second mandat de Barack Obama, entamé une ère de coopération diplomatique après des années de négociations acharnées. L’Accord sur le nucléaire iranien devait d’ailleurs être le plus valeureux fait d’armes du président démocrate. Celui pour lequel il a sacrifié la bonne entente avec Israël qui ne lui a jamais pardonné cette «trahison». Des années de travail, de concessions et de dialogue entre Washington, Téhéran, Pékin, Moscou et Londres notamment, réduites à néant par Donald Trump, allié inconditionnel d’Israël, en 2018. Depuis, les relations entre les Iraniens et les Occidentaux n’ont cessé de se tendre, même si l’administration Biden a repris il y a une année et demie les pourparlers avec la République islamique. Or, la révolte qui couve depuis plusieurs semaines en Iran n’arrange pas les choses. Abreuvé de témoignages d’Iraniens en détresse qui tentent de tenir tête aux mollahs, le monde ne peut plus fermer les yeux sur les violences, abus et corruptions des islamistes au pouvoir. Les pays qui négociaient il y a encore quelques mois avec Téhéran pour une reprise de l’Accord sur le nucléaire ont stoppé les discussions. Et la situation s’envenime aujourd’hui, alors que le gouvernement britannique a accusé l’Iran d’avoir proféré des menaces de mort à l’encontre de journalistes basés au Royaume-Uni et convoqué pour cette raison le chargé d’affaires iranien, a indiqué le chef de la diplomatie. «J’ai convoqué le chargé d’affaires iranien aujourd’hui après que des journalistes travaillant au Royaume-Uni ont été l’objet de menaces de mort en provenance d’Iran», a tweeté le ministre britannique des Affaires étrangères, James Cleverly. «Nous ne tolérons pas des menaces ou des intimidations de la part de nations étrangères à l’encontre d’individus vivant au Royaume-Uni», a-t-il ajouté. La convocation intervient alors qu’une chaîne de télévision en persan basée à Londres, Iran International, a rapporté en début de semaine que deux de ses journalistes travaillant au Royaume-Uni avaient reçu des menaces de mort de la part des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de Téhéran. Selon le groupe propriétaire de la chaîne, l’ampleur des menaces a poussé la police londonienne à «informer officiellement les deux journalistes que ces menaces représentaient un risque imminent, crédible et important pour leur vie et celle de leur famille». Iran International couvre notamment les manifestations qui ont lieu en Iran depuis la mort mi-septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans décédée trois jours après son arrestation à Téhéran par la police des mœurs qui lui reprochait d’avoir enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique, imposant notamment le port du voile pour les femmes. La contestation, d’une ampleur que le pays n’avait pas connue depuis trois ans, est réprimée dans le sang, avec près de deux cents morts selon le comptage d’une ONG basée hors d’Iran. Des dizaines de journalistes ont également été arrêtés dans le pays. Mais les autorités iraniennes reprochent à Londres d’abriter ces chaînes en persan qui lui sont hostiles et couvrent largement les manifestations. Elles ont estimé, mercredi, que le Royaume-Uni cherchait à déstabiliser la République islamique et était impliqué de manière «évidente» dans la «propagande» pro-manifestations. Les relations entre l’Occident et Téhéran sont aujourd’hui à un tournant, l’Iran tentant à toute force de faire croire à l’intervention d’une «main étrangère» pour expliquer le soulèvement d’une partie de sa population, excédée de vivre sous dictature islamique et qui réclame un changement de régime ou du moins un assouplissement significatif des contraintes qui pèsent sur les citoyens, et surtout citoyennes, iraniens. Une reprise des négociations sur l’Accord sur le nucléaire semble aujourd’hui dérisoire et devra attendre des mois, si ce n’est des années, pour pouvoir être reprise avec sérénité, que cela soit évidemment à cause de la crise interne en Iran mais également de la guerre menée par la Russie, allié pragmatique de Téhéran, en Ukraine.

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