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mardi 27 septembre 2022

Maroc: Des victimes de la répression du Makhzen témoignent sur les graves violations du droit humain

La mort récente de l’un des plus hauts responsables des centres de rétention secrets destinés à la torture au Maroc a été l’occasion pour ses victimes d’apporter leurs témoignages concernant les graves violations des droits humains et autres abus dont elles ont été victimes.

Par Moncef Gh.

Dans un article intitulé «La mort du commissaire Kaddour Al-Youssoufi réveille les blessures de ses victimes», un site marocain a recueilli des témoignages d’anciens détenus sur ce que ce tortionnaire, qui dirigeait une prison secrète à Casablanca, avait commis.
L’ancien détenu politique marocain, Fouad Abdelmoumni, a raconté, dans un post publié sur sa page Facebook, son expérience amère. «Mon corps a souffert des atrocités que m’a infligées Al-Youssoufi et ses serviteurs, et je sais qu’ils ont torturé mon père avant moi il y a de cela quelques années», a-t-il raconté.
«J’ai été témoin du comportement abject de l’homme et de la méchanceté de ses subordonnés. Ils ont délibérément déformé la réalité en affirmant avoir réussi à protéger le régime de dangers réels et imminents, alors qu’en réalité ils étaient devant des gens pacifiques et sans défense n’ayant commis aucun acte de violence ou de crime, et n’ayant même aucun lien avec une quelconque action politique», a-t-il ajouté.
A cet égard, il est revenu sur certaines méthodes de torture du régime du Makhzen, «telles que les menaces, les passages à tabac, les insultes, les mauvais traitements et la privation totale de soins et de contact avec le monde extérieur (…)».
De son côté, l’historien et défenseur des droits de l’Homme, Maâti Monjib, a indiqué dans un post sur Facebook, que «ce tortionnaire débordait de créativité lorsqu’il s’agit de soumettre de jeunes opposants à toutes sortes de tortures physiques et psychologiques», faisant savoir que «plusieurs militants victimes de ses méthodes misérables sont décédés ou devenus fous».
Pour sa part, le professeur universitaire Abdellatif Zeroual, neveu du militant marocain Abdellatif Zeroual (les deux portent le même prénom), mort sous la torture dans les prisons du Makhzen, a assuré que «Kaddour Al-Youssoufi est considéré comme directement responsable, avec ses adjoints à la Division nationale de la police judiciaire, de l’enlèvement et la torture de dizaines, voire de centaines de personnes (dont certaines sont décédées, comme dans le cas d’Abdellatif Zeroual et d’Amine Al-Tahani) dans la prison secrète de Casablanca».
«Kaddour et ses serviteurs n’étaient rien d’autre que le bras armé d’un régime tyrannique et corrompu, qui continue de liquider et d’emprisonner systématiquement ses opposants ou de les apprivoiser pour continuer à imposer son diktat».

Quand le Makhzen vend l’image trompeuse d’un Maroc respectueux des droits de l’Homme
Dans une précédente publication, l’ancien détenu politique marocain et actuel diplomate onusien, Jamel Benomar, avait relaté l’expérience de son enlèvement par les services de sécurité marocains et sa détention pendant plusieurs mois au centre de rétention secret de Casablanca en étant tout le temps menotté et les yeux bandés.
Il avait également dénoncé les pratiques de Kaddour Al-Youssoufi lors de révélations fracassantes à des journalistes, au milieu des années 90, lorsqu’il a vu arriver ce principal tortionnaire du centre de Casablanca, à l’Office des Nations unies à Genève, dans le cadre d’une délégation gouvernementale officielle venue remettre un rapport au Comité de l’ONU contre la torture, en vendant l’image trompeuse d’un pays respectueux de son engagement envers les normes internationales.
Le diplomate marocain a conclu son message en déclarant : «Beaucoup de mes compagnons prisonniers d’opinion sont morts sans avoir vu le véritable changement politique auquel nous aspirions, mais beaucoup de nos tortionnaires sont encore en vie et profitent de leur retraite, bénéficiant de la protection de l’Etat et d’une impunité honteuse (…)». Le Comité de coordination des familles des disparus et des victimes de la disparition forcée au Maroc a quant à lui souligné dans un communiqué intitulé «N’oublions pas les victimes des violations flagrantes des droits de l’Homme au Maroc», que Kaddour Al-Youssoufi a supervisé les interrogatoires et la torture de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants appartenant aux mouvements militants les plus en vue au Maroc. Il a, en outre, indiqué qu’un certain nombre d’entre eux sont morts «à cause de la torture ou d’épuisement et de malnutrition lors des pratiques que supervisait Al-Youssoufi», notant que ce dernier «se délectait des cris de ses victimes». Le Comité a estimé que la mort d’Al-Youssoufi, sans connaître la vérité, tenir les tortionnaires pour responsables et préserver la mémoire, «prouve que le dossier des graves violations des droits de l’Homme est toujours d’actualité, notamment celui des disparus dont le sort n’est pas connu et des victimes de disparition forcée au Maroc».

8 mois de prison ferme à l’encontre de migrants arrêtés la veille du drame de Melilla
Quatorze migrants subsahariens arrêtés le 23 juin dernier, soit la veille du drame migratoire de Melilla, ont été condamnés jeudi à huit mois de prison ferme au Maroc, ont fait savoir l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et la défense, qualifiant cette peine de «très dure, injuste et injustifiable». «Le tribunal de première instance de Nador (nord) a condamné ces migrants à huit mois de prison ferme, c’est un jugement très dur», a indiqué aux médias leur avocat, Mbarek Bouirig, qui compte faire appel.
«La peine prononcée contre ces migrants est injuste et injustifiable. Les migrants n’ont commis aucun délit. Leur tentative de franchir le poste-frontière était dans le but de chercher la protection internationale», s’est indignée, de son côté, l’AMDH (section Nador) dans un communiqué publié sur sa page Facebook. Selon ladite association, «les autorités marocaines ont falsifié des dossiers médicaux pour les agents des services de sécurité, afin d’attester de leurs blessures». «Pour preuve, les sept agents des services de sécurité présents lors du procès ont tous nié avoir été violentés par les migrants et aucun d’eux n’a pu reconnaître les migrants condamnés», a souligné l’AMDH, espérant que «la cour d’appel allait innocenter les migrants et les rétablir dans leurs droits».
Les 14 migrants condamnés jeudi, en majorité des Soudanais, avaient été arrêtés le 23 juin lors d’une opération de ratissage des autorités marocaines dans le massif de Gourougou, près de la frontière avec l’enclave espagnole de Melilla. Ils ont été poursuivis, entre autres, pour «appartenance à une bande criminelle d’immigration clandestine, outrage à des agents de la force publique pendant l’exercice de leur fonction et désobéissance», selon Me Bouirig. Pour rappel, 33 autres migrants arrêtés dans la même affaire ont écopé le 19 juillet dernier de 11 mois de prison ferme chacun pour «entrée illégale» au Maroc. Vingt-neuf autres, dont un mineur, sont poursuivis devant la justice marocaine. Le 24 juin, au poste-frontière de Melilla, au moins 23 migrants subsahariens ont été brutalement tués par la police marocaine qui tentait de les empêcher d’entrer dans l’enclave espagnole. De nombreuses vidéos et images ont circulé sur les réseaux sociaux, montrant des dizaines de migrants au sol, quasiment inertes. Certaines montraient également les forces de sécurité marocaines en train de tabasser des migrants.
Des séquences vidéo prises par l’AMDH montrent un agent de sécurité marocain frappant au sol des hommes visiblement blessés et un autre agent jetant un corps inerte sur plusieurs personnes. Selon des organisations de défense des droits humains au Maroc et ailleurs, le nombre de victimes lors de la répression sanglante d’environ 2 000 migrants africains le 24 juin dépasse de loin les 23 morts annoncés par les autorités marocaines. De nombreux pays et organisations internationales ont exigé l’ouverture d’une enquête internationale indépendante, afin de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé et sanctionner les auteurs.

M. Gh.

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