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lundi 5 décembre 2022

Malgré des progrès: Les réalisateurs noirs peinent encore à percer dans le cinéma

Ils ont vu percer Ryan Coogler («Black Panther»), Barry Jenkins («Moonlight») ou Jordan Peele («Get Out») et saluent des progrès, mais beaucoup de réalisateurs afro-américains se heurtent encore à un milieu du cinéma loin de les accueillir à bras ouverts. Charlie Buhler voulait faire un film d’action, un thriller sur fond de pandémie, une idée qui la travaillait bien avant le coronavirus. La jeune trentenaire, métisse, est allée frapper à des portes, mais «c’est déjà dur pour une femme de faire un film d’action, alors une femme de couleur». Sans aucun moyen, elle a tout de même réalisé «Before the Fire», en partie dans la ferme de sa grand-mère, dans le Dakota du Sud dont elle est originaire. Le film a été sélectionné au Festival international de Harlem, qui s’est achevé ce dimanche, en version virtuelle.
Ces cinq dernières années, un nombre inédit de metteurs en scène afro-américains ont accédé à la reconnaissance mondiale, dans des genres très différents, le plus visible étant Ryan Coogler, dont le «Black Panther» a ramassé 1,3 milliard de dollars au box-office.
«Les choses ont changé», observe Cheryl Hill, productrice noire et ancienne cadre des studios Disney. «Il y a plus de demandes. (…) On ne peut pas encore parler de 2020, mais 2018 et 2019 ont été de bonnes années. J’ai espoir».
Tous mentionnent le rôle des plateformes vidéo, Netflix notamment, qui ont ouvert des horizons aux minorités. La baisse du prix du matériel et l’accès à internet ont aussi permis de faire plus facilement des films et de les présenter au public.
«Quand j’ai commencé, il y a plus de 20 ans, ils disaient : ‘’l n’y a pas de marché’’ pour les films avec des acteurs noirs, se souvient Cheryl Hill, co-fondatrice de la Harlem Film Company. La suite a prouvé que c’était ridicule». «Je n’allais nulle part, se souvient Charlie Buhler, 32 ans aujourd’hui, alors que les hommes blancs de mon âge gravissaient les échelons parce qu’on leur donnait leur chance, bien qu’ils n’aient aucune expérience».
«L’industrie du cinéma est basée, depuis longtemps, sur l’apprentissage», explique Jonathan Tazewell, dont le film «Gotta Get Down To it» a également été retenu par le festival, connu pour son ouverture à la diversité.
«L’idée, c’est vraiment de pousser quelqu’un que tu connais», dit-il. «Et si cela n’arrive qu’entre une personne blanche et une autre personne blanche, alors le visage de l’industrie ne peut pas changer».
En 2019, la proportion des comédiens noirs dans les films aux Etats-Unis était de 15,7 %, supérieure à leur part dans la population américaine (13,4 %), selon une étude publiée début septembre par l’Annenberg Inclusion Initiative, un centre de réflexion rattaché à l’université de Californie du Sud (USC).
Mais derrière la caméra, parmi les 100 films américains à avoir rapporté le plus, seuls
6,3 % des réalisateurs étaient afro-américains. Quelque 93 % des producteurs étaient des hommes blancs. La semaine dernière, l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences a mis en place une série de critères qu’une œuvre devra remplir pour prétendre à l’Oscar du meilleur film, à compter de 2024.
Distribution, équipe technique, mais aussi production, ou programmes d’apprentissage à destination des minorités, il faudra désormais donner des gages de diversité.
Depuis sa création il y a 15 ans, le Festival de Harlem a dans son ADN la mission de «présenter un nombre important de films (qui émanent de) voix sous-représentées», selon Nasri Zacharia, le directeur de programmation. «Nous donnons de la visibilité, de la reconnaissance».

R. I.

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