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dimanche 26 juin 2022

L’Otan n’est pas une armée

Depuis leur arrivée au pouvoir à la suite du coup de force de 2014, les Ukrainiens pro-occidentaux n’ont cessé de frapper à la porte de l’Otan, dans l’intention bien sûr d’en faire partie le plus rapidement possible. Ils se sont dit que s’ils parviennent à y entrer, du même coup ils n’auront plus rien à craindre de la Russie. Et pour cause, ils seront protégés par aussi fort qu’elle, et même en fait par plus fort qu’elle, une trentaine d’armées, dont parmi les plus importantes au monde, ne pouvant que l’emporter sur une seule dans le cas d’une guerre. Ce raisonnement n’est pas propre à ces Ukrainiens particuliers, mais à tous les régimes en Europe de l’Est ayant appartenu par le passé au pacte de Varsovie. Il ne leur a pas suffi que cette alliance militaire ait cessé d’exister, il leur a fallu encore se placer sous l’aile protectrice de l’armée américaine et de ses alliés occidentaux de toujours, à l’origine peut-être seulement par crainte que la Russie venant un jour à reprendre du poil de la bête, elle ne conçoive le projet de les subjuguer à nouveau. Aujourd’hui, on sait que pour nombre d’entre eux, le véritable motif, sous l’influence des Etats-Unis, n’est plus purement défensif, qu’il s’est doublé d’une dimension offensive qui avec le temps a même fini par prévaloir. L’élargissement de l’Otan, à travers cinq vagues successives, sous l’effet de sa politique de la porte ouverte, en est la parfaite illustration.

Il s’en est trouvé des dirigeants et des penseurs occidentaux pour mettre en garde contre les dangers de cette avancée continue vers les frontières de la Russie pour la paix en Europe et dans le monde. Ils n’ont guère été écoutés. Tout indique que le moment est venu pour que leur sombre prédiction commence à se réaliser. La Russie va s’emparer, non pas nécessairement de l’Ukraine d’ailleurs, mais sûrement du pouvoir en Ukraine, que sans doute elle s’empressera de remettre à des pro-russes, au moins aussi nombreux dans la classe politique ukrainienne que les pro-occidentaux aux commandes depuis 2014. Il deviendra loisible alors pour tout un chacun de constater une évidence, à savoir qu’une alliance militaire ne fait pas nécessairement une armée prête à des sacrifices pour défendre un pays. La guerre, cette chose éminemment sérieuse, est l’affaire des nations. Une addition d’armées ne fait pas une armée. Si demain l’ordre est donné à l’armée russe d’intervenir dans un pays voisin de l’Ukraine représentant un danger existentiel pour la Russie, elle trouvera en face d’elle l’armée de ce pays, comme c’est le cas aujourd’hui en Ukraine, mais pas l’Otan, qui n’est pas une armée, mais une force armée, ou plutôt un assemblage, une juxtaposition de forces armées. Pour se mettre en mouvement, une armée a besoin non pas de l’ordre du soi-disant commandement intégré de l’Otan, en fait du seul Pentagone, mais de l’injonction de sa nation à travers les instituions politiques qu’elle s’est données. Les militaires sont au service de leur pays et de son Etat, et uniquement d’eux, de leur nation autrement dit. Ils ne verseront leur sang que pour elle. Là où l’Otan est intervenue, elle l’a fait contre beaucoup plus faible qu’elle : dans l’ex-Yougoslavie, en Irak, en Libye. Elle ne s’est pas encore mesurée à aussi fort qu’elle. Tout porte d’ailleurs à croire qu’elle ne le fera jamais. Elle ne défendra aucun des pays qui l’ont intégrée à cet effet. Elle se disloquera à la première menace de guerre réelle. Ce moment est probablement arrivé.

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