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lundi 5 décembre 2022

L’offensive houthie sur Ma’rib

Si l’administration Biden a cru bien faire en enlevant le nom des Houthis de la liste américaine des organisations terroristes, l’une des toutes premières décisions prises par elle en matière de politique étrangère, ce qui tend à montrer tout l’intérêt qu’elle porte à la situation au Yémen, le fait est qu’elle n’a guère été payée de retour par les Houthis, qui au contraire ont intensifié dernièrement leur offensive sur Ma’rib dans le but évident de s’en emparer. La conquête de tout le nord-ouest du Yémen avec ses débouchés sur la mer Rouge, tel semble bien être le but qu’ils se sont fixé, et qu’ils pensent être à leur portée aujourd’hui plus que jamais. Ma’rib est précisément ce qui leur manque, du moins à l’intérieur des terres, eu égard à ses richesses de gaz et pétrole, outre la raffinerie, si utile, qui s’y trouve, pour que les territoires conquis depuis 2014 soient plus ou moins viables économiquement parlant. Si rien n’est fait par la communauté internationale pour les en empêcher militairement, il y a tout lieu de croire qu’elle sera leur dans pas longtemps. Comme, justement, on ne voit rien pour l’heure qui ressemble si peu que ce soit à un branle-bas de guerre pour sauver le dernier bastion du gouvernement reconnu par la communauté internationale, cette place va certainement tomber. Certains s’en consolent déjà en se disant que si les Houthis cherchent tant à la prendre, ce n’est pas pour la garder, mais pour renforcer leur position dans les négociations, qui certainement, poursuivent-ils, vont bientôt commencer ou recommencer.

Les Américains du moins ne sont pas de cet avis, pour qui cette offensive n’est pas d’un bord particulièrement désireux de s’engager dans la voie de la paix. A l’évidence, les Houthis veulent Ma’rib pour ses richesses, et donc pour la garder, non pour en faire une monnaie d’échange. Ils ne sont peut-être pas des terroristes, mais à coup sûr ce sont des conquérants. Depuis les débuts de la guerre civile au Yémen, ils ne font qu’attaquer, et qu’engranger des terres. S’ils reculent, ce qui leur arrive aussi, c’est sous la puissance du feu ennemi, et seulement dans l’intention de revenir plus tard à la charge. Après Ma’rib, ce sera au tour de Hodeida, le débouché sur la mer, et le contrôle qu’il permet sur la navigation dans la mer Rouge. Que feront les Américains si leur appel à l’arrêt de l’offensive sur Ma’rib n’est pas écouté par les Houthis ? Ils ne les reporteront pas sur la liste d’où ils viennent de les retirer, cela est certain. Mais peuvent-ils se permettre de ne rien faire, au motif de donner toutes ses chances aux négociations à venir ? Il semble que non, d’autant que si Ma’rib est prise, les Houthis ne la rendront pas. Une chose qu’ils ne feront que contraints et forcés. Le prix de sang qu’ils sont en train de payer pour sa possession est suffisamment élevé pour qu’ils ne soient pas disposés à s’en retirer autrement que pour éviter de tout perdre à la fois. A la limite la paix qui leur conviendrait, ce serait celle dans laquelle ils garderaient tout ce qu’ils ont conquis jusque-là, plus Ma’rib qu’ils ont bon espoir de prendre bientôt, plus Hodeida, qui les attend. Alors seulement, ils en seront demandeurs. Mais une paix qui soit confirmative, qui entérine ce qui existerait déjà sur le terrain, qui marquerait du sceau de la légalité internationale ce qu’ils auraient déjà acquis par leurs talents guerriers.

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