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mardi 28 juin 2022

Littérature pour enfants en Algérie: Désintérêt et faible présence

Nombre d’éditeurs, d’auteurs et de critiques sont unanimes à dire que
l’écriture littéraire pour enfants en Algérie souffre d’un désintérêt et d’une «faible» présence, en raison de la «médiocrité» de la publication locale, de la «dominance des contenus étrangers» et du «désintérêt des autorités concernées», sachant que ce genre de littérature avait connu sa période dorée dans les années 70 et 80. Pour l’écrivaine Djamila Zennir qui s’est lancée dans la littérature pour enfants dans les années 80, avec à son actif près de 700 contes, la situation de cette littérature est «catastrophique» en comparaison avec les années 70 et 80, lors desquelles elle avait connu son apogée, regrettant qu’«aucun intérêt ne soit accordé à l’enfant, en particulier dans l’écriture des contes ou bien dans les autres domaines à l’instar de la musique». «Une grande partie d’auteurs et écrivains s’intéresse davantage aux questions religieuses, conférant à ses écrits une espèce d’ennui et de monotonie, d’autant que l’enfant est intelligent, aime la nouveauté et la variété et déteste la monotonie», a-t-elle expliqué, ajoutant que les contes universels très répandus «ne sont pas adaptés à l’enfant algérien, car ne respectant ni son milieu, ni ses valeurs sociales et religieuses». L’auteure a appelé, à cet effet, à la mise en place d’une commission mixte entre les ministères de la Culture et de l’Education nationale dans l’objectif de promouvoir ce domaine, d’autant que l’Algérie «regorge de nombreux écrivains brillants et doués qui sont toujours à la quête
d’éditeurs». Pour sa part, Abdelhamid Salhi, éditeur et directeur de la maison d’édition «Al Maktaba El Khadraa» (Bibliothèque verte), fondée dans les années 80 et éditant en langues arabe et française, considère que le marché du livre pour enfants «manque d’organisation et de qualité», étant plutôt commercial que professionnel, appelant les autorités concernées (ministères de la Culture et de l’Education) à soutenir les «éditeurs professionnels spécialisés», afin de «protéger le marché contre le rush des importateurs et des éditeurs étrangers avec leurs contenus intrus». «Un bon livre pour enfant s’appuie sur trois critères essentiels : la langue utilisée, les dessins et le choix de la qualité du papier (…), d’où son prix élevé, voilà pourquoi l’Etat est appelé à intervenir dans la subvention du livre», a-t-il affirmé. Ainsi, ce secteur «contribuera à l’encouragement de la créativité et à l’exploitation optimale des ressources humaines, notamment des écrivains et des dessinateurs», a-t-il poursuivi. Pour d’autres éditeurs, la situation de la littérature pour enfants n’est toutefois pas aussi catastrophique, à l’instar de la maison d’édition «Atfalna» (nos enfants) dont le directeur, Firas Johmani, estime que le domaine de l’édition demeure «satisfaisant», en dépit de certaines difficultés rencontrées, soulignant que leur marge de bénéfice est «très faible», en raison du coût élevé du livre et de son prix bas par rapport à d’autres publications. De son côté, le critique universitaire Mohamed Sari a estimé que «la littérature pour enfants en Algérie n’est pas marginalisée mais plutôt inapparente à l’opinion publique, en raison du manque d’intérêt par les critiques et les médias pour ce créneau», déplorant, dans ce sens, «l’absence d’une littérature pour la jeunesse». M. Sari revient également sur ce qu’il qualifie de «médiocrité» dont souffre cette littérature, estimant que les écrivains et les éditeurs qui sont nombreux «prennent avec légèreté ce type d’écriture, en dépit de ses exigences créatives, linguistiques et psychologiques», soulignant, par ailleurs, que l’enfant a besoin davantage de contes remplis d’histoires fantastiques, d’étrangeté et de découverte, et non pas uniquement de conseils et de morale.

M. K.

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