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mercredi 17 août 2022

L’investissement face aux contraintes bureaucratiques / Saïda Neghza : «Il ne suffit pas de couper l’arbre, mais s’attaquer aux racines»

La Confédération générale des entreprises algériennes (CGEA), la plus active des organisations patronales sur le terrain, n’arrête pas de sillonner le territoire national à l’écoute des préoccupations des entrepreneurs qui comptent développer leur activité et investir dans les zones sahariennes. Sa présidente, Saïda Neghza, n’a de cesse de plaider en faveur de facilitations administratives pour les encourager à contribuer au développement de l’économie.

Entretien réalisé par Louisa Ait Ramdane

Evoquant la réalité de l’agriculture, Saïda Neghza s’est montrée très optimiste pour l’avenir, en témoignent l’engagement et la volonté manifestés chez nos agriculteurs pour développer ce secteur. Rencontrée en marge du Salon national de l’agriculture saharienne «Agrosouf 2021», cette femme d’affaires de renommée nationale et internationale, revient dans cet entretien sur la réalité du secteur de l’agriculture, ses perspectives, ses freins et ses défis.

Le Jour d’Algérie : Quel constat faites-vous du secteur de l’Agriculture suite à vos déplacements sur le terrain dans la wilaya d’El Oued ?

Saida Neghza : Mon constat est un optimisme réel au regard de l’engagement et la volonté manifestés chez nos agriculteurs pour développer ce secteur. L’agriculture saharienne, notamment dans l’Oued Souf, joue un très grand rôle dans la réalisation de la sécurité et de l’autosuffisance alimentaires. Avec une production de premier choix et de meilleure qualité, cette région pourra même approvisionner le continent africain en divers produits agricoles. La qualité de notre production agricole peut concurrencer n’importe quel pays. Des difficultés et contraintes sont certes éprouvées mais celles-ci sont surmontables avec l’implication de tous les intervenants. Lors de mon déplacement dans cette wilaya à l’occasion de la tenue de la cinquième édition du Salon national de l’Agriculture saharienne «Agrosouf 2021»,  j’ai constaté un changement très positif du secteur en matière de production et de transformation. Nous souhaitons atteindre l’exportation de tous les produits d’Algérie, notamment ceux de Oued Souf.

Quelle évaluation faites- vous de ce Salon de l’agriculture ?
Le salon témoigne d’abord de la persévérance des organisateurs. Il constitue un rendez-vous incontournable pour la promotion de l’agriculture, une vitrine des produits de la région et une preuve de réussite. Il est aussi l’occasion pour les agriculteurs de mettre en exergue le potentiel naturel des terres sahariennes. On a vu durant ce salon une production agricole abondante dans la région de Oued Souf qui est commercialisée dans tout le pays.
Les investisseurs dans le secteur de l’Agriculture ne souhaitent qu’une chose : que le climat soit propice à l’investissement.

Quels sont les freins qui entravent l’investissement dans le secteur de l’Agriculture ?
Les freins sont identiques à ceux des autres secteurs, à savoir, en premier lieu, la bureaucratie qui entrave le lancement de plusieurs projets ambitieux dans les wilayas du Sud, notamment dans les zones d’ombre. Malheureusement, aucun secteur n’est épargné par ces pratiques. Même si la «issaba» n’a pas le pouvoir absolu comme ce fut le cas sous l’ancien régime, mais elle existe, elle n’est pas partie à 100 % ! Pour mettre fin à ces agissements entravant le développement du secteur, il ne suffit pas de couper l’arbre seulement, il faut s’attaquer aux racines.
Les banques aussi ne jouent pas leur rôle. Elles n’offrent pas de garanties aux investisseurs dans le secteur. Les banques exigent des garanties alors qu’ailleurs c’est le projet d’investissement et le fonds qui est la garantie. Si le jeune porteur de projet possède des garanties pourquoi s’adresserait-il aux banques ? Pourtant, le Président Tebboune a instruit d’accorder des facilités aux investisseurs et d’éliminer la bureaucratie dans diverses institutions et administrations publiques.
Pour régler ce problème, il faut désigner un administrateur pour gérer les fonds. Si les banques ne s’impliquent pas dans le processus de l’investissement, rien ne marchera. L’investissement des petits industriels sans soutien des banques n’ira pas loin et ne servira à rien.
Cela, en plus du problème de la viabilisation, de l’énergie, l’absence d’une stratégie globale, le problème de commercialisation des produits agricoles et la perte des récoltes à chaque saison, le manque de chambres froides et les usines de transformation, le transport et les circuits de distribution…

Avez- vous des exemples à nous citer ?
Nous pouvons citer la filière tomate qui a vécu une importation massive de DCT et de TCT, alors que la production nationale est suffisante et nos usines de transformation ont été mises en difficulté.
Aussi, nous assistons actuellement à une ineptie concernant la filière datte. Nos dattes sont d’excellente qualité mais ne sont pas compétitives à l’étranger, au moment où des pays arrivent à vendre nos dattes sous d’autres labels à des prix plus concurrentiels.

Que fait la CGEA pour soutenir les entreprises et les jeunes entrepreneurs notamment dans le secteur agricole pour les aider à relever le défi ?
Ma présence aujourd’hui à El Oued est un signe révélateur de l’intérêt porté à l’agriculture en général et aux jeunes investisseurs en particulier. Nous accompagnons nos jeunes et les soutenons dans le processus de création de leurs projets, tant avec le ministère de l’Agriculture qu’avec le ministère délégué à la Micro-entreprise et sa structure Anade (ex- Ansej). La CGEA se rapproche des producteurs agricoles et est à l’écoute de leurs préoccupations et leurs idées concernant le développement de leur activité et leurs investissements dans les zones saharienne. Lors de ma visite sur le terrain auprès de plusieurs investissements à Oued Souf, j’ai été témoin d’un certain nombre de lacunes importantes qui causent des problèmes aux agriculteurs. J’ai sollicité les responsables locaux dans plusieurs opportunités pour fournir des installations à ces projets de développement afin de développer l’économie locale.

Etes-vous optimiste sur le sort des petites entreprises en difficulté ?
Malheureusement, le taux de mortalité des petites entreprises reste élevé en Algérie. Un effort devra être fait en matière de formation à l’entrepreneuriat, d’étude du marché et de coaching.

Quelles solutions le gouvernement devrait-il engager pour développer le secteur de l’Agriculture?
Le gouvernement est conscient que le salut de ce secteur passe par une autosuffisance alimentaire. Il doit jouer pleinement le rôle de régulateur de marché, par l’amélioration des capacités de conservation et des circuits de distribution. En outre, il doit actionner les banques pour soutenir les agriculteurs et transformateurs à des taux d’intérêt bonifiés. Le soutien du secteur est inévitable, il est pratiqué par tous les pays du monde, y compris les États-Unis et l’Europe, car c’est une question de souveraineté nationale.

Quel message voulez-vous adresser aux jeunes entrepreneurs ?
Soyez tenaces et téméraires, votre pays a besoin de vous et votre avenir doit se construire ici en Algérie. Prenez exemple sur ceux qui ont réussi, le marché algérien est vierge, ne vous découragez pas face aux entraves bureaucratiques. L’optimisme est de rigueur et construisons ensemble la nouvelle Algérie.

L.A.R.

La présidente de la CGEA appelle les responsables à lever les obstacles
Une quinzaine de projets à l’arrêt dans la wilaya d’El Oued

Lors de sa visite dans la wilaya d’El Oued, la présidente de la Confédération des entreprises algériennes (CGEA), Saida Neghza, a plaidé pour la levée des contraintes bureaucratiques qui entravent le lancement de plusieurs projets ambitieux dans les wilayas du Sud, notamment dans les zones d’ombre. «Une quinzaine de projets sont à l’arrêt dans la wilaya El Oued, c’est énorme. C’est injuste, alors que les propriétaires de projets ont eu toutes les autorisations nécessaires», s’est-elle étonnée lors d’une visite à plusieurs projets à l’arrêt.
Suite à ce constat, la cheffe de la CGEA a taclé à nouveau l’administration, à l’origine, selon elle, de sabotage des projets agricoles. «90 % de l’administration doivent être changés. Je l’ai dit et je le répète», lancera-t-elle, soulignant que la bande mafieuse (la issaba) «est toujours là». «La composante de l’administration actuelle est issue de l’ancien système. Elle est un facteur de sabotage qui empêche les investisseurs d’entreprendre leurs projets, notamment dans la région du Sud», a-t-elle dénoncé, précisant que cette administration travaille «à l’opposé du programme du président de la république».
Sollicité par la patronne de la CGEA, le wali de la wilaya d’El Oued s’est dit prêt à accompagner les entrepreneurs de la région pour lancer leurs projets afin de développer l’activité économique et surtout créer de nouveaux postes d’emploi. «Les portes de la wilaya sont toujours grandes ouvertes pour écouter les préoccupations des investisseurs et leur prêter main-forte», a-t-il déclaré. Les exemples de sabotage de l’administration sont légion dans la région, a regretté Saida Neghza.
Louisa A.R.

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