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mardi 20 octobre 2020

L’interférence des Emirats et du Bahreïn dans la présidentielle américaine

Depuis la normalisation des Emirats et du Bahreïn avec Israël, Américains et Israéliens n’arrêtent pas de dire qu’il y a bien d’autres pays membres de la Ligue arabe impatients de suivre leur exemple. Selon le locuteur, ces derniers seraient 5 ou 6. Parfois plus, 7 ou 8, comme vient d’affirmer le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, qui pour l’illustration de son propos a cité deux ou trois noms, dont au passage celui du Tchad, dont on ignorait jusque-là qu’il soit membre de la Ligue arabe. Comme celle-ci compte 22 membres, les candidats potentiels à la normalisation ne manquent pas. Il devrait même y avoir bousculade au portillon si ce genre de déclarations répondaient à quelque chose de réel, si elles n’étaient pas une façon habile d’inciter les hésitants à se décider rapidement, par crainte de se trouver les derniers à le faire. En filigrane : car alors vous ne serez crédité d’aucun mérite. Si en particulier vous attendez une faveur particulière des Etats-Unis, comme par exemple l’effacement de votre nom de quelque liste noire, vous pouvez dès à présent mettre une croix dessus. De là sans doute chez les communicants américains la tendance à annoncer la normalisation toute prochaine avec Israël de ceux-là même des 18 pays potentiels qui ont clairement fait savoir qu’il n’était pas question pour eux de faire comme les Emirats et le Bahreïn : l’Arabie saoudite et le Koweït.

La première, parce qu’elle avait clairement déclaré qu’elle subordonnait toute normalisation avec Israël aux dispositions de l’initiative arabe pour la paix. Et le deuxième parce qu’il avait dit qu’il serait dans tous les cas de figure le dernier pays arabe à normaliser avec Israël. Les Américains n’ont pas cité le nom de l’Algérie parce que ce serait tellement gros que la ficelle serait par trop apparente, que personne ne les croirait plus. Ce serait comme s’ils avaient dit qu’en fait il n’y avait pas d’autre pays arabe pour vouloir imiter les Emirats et le Bahreïn. A l’exception peut-être du Soudan, dont du reste on connaît le véritable motif. Il faut dire qu’il s’est arrangé pour que tout le monde le sache : s’il normalisait, ce serait uniquement pour qu’on enlève son nom de la liste américaine des pays accusés de soutenir le terrorisme. Il vient d’ajouter une deuxième condition : l’annulation de sa dette vis-à-vis des Etats-Unis. Il faut croire qu’il a déjà obtenu l’assurance que sa première demande serait satisfaite pour s’autoriser à en formuler aussitôt une deuxième. Or même en supposant qu’effectivement il y a d’autres pays arabes tentés par la normalisation avec Israël, le fait est qu’ils ne sont pas pressés de le faire. Ils ont même intérêt à ne rien faire de tel d’ici en tout cas à ce que la présidentielle américaine se tienne et qu’ils sachent qui sera au pouvoir aux Etats-Unis pour les quatre prochaines années. Normaliser dès à présent, cela revient à choisir Trump contre Biden. C’est-à-dire à prendre le risque de déplaire à ce dernier et à son camp, les démocrates, la moitié des Américains. Une moitié dont, de plus, on n’est même pas certain qu’elle va perdre. Les Emirats et le Bahreïn ont en fait pris un grand risque en se permettant d’interférer dans la présidentielle américaine en faveur de Trump. Sans même s’en douter, ils auront fait déjà bien plus que la Russie en 2016. Des comptes leur seront demandés si leur candidat n’est pas élu.

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