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mercredi 7 décembre 2022

L’improbable reprise des négociations de Vienne

Quelques jours seulement après la prise de fonction de son nouveau président, Ebrahim Raïssi, l’Iran fait monter en cadence la production d’uranium enrichi à 60%. Ce qui bien entendu n’a pas manqué de faire se récrier en chœur les pays occidentaux signataires de l’accord de 2015, mais en revanche a laissé sans réaction la Chine et la Russie, jusqu’à présent en tout cas. Comme les négociations de Vienne sont à l’arrêt depuis maintenant des semaines, sans même la certitude d’une reprise prochaine, on ne sait trop comment le comprendre. Est-ce là une manière pour l’Iran de faire pression en vue de faire lever tout ou partie des sanctions américaines ? Ou serait-ce plutôt pour faire comprendre aux Etats-Unis que pour eux une page a été tournée avec l’arrivée à sa tête d’une nouvelle direction politique, pour laquelle un accord avec eux n’est plus la priorité des priorités, celle dont tout le reste dépendrait par conséquent ? Qu’à partir de maintenant, il faudrait pour qu’il accepte seulement de revenir à la table des négociations que les Etats-Unis commencent par lever les sanctions, ou du moins par les alléger, et ce, sans attendre rien en contrepartie ?

Il semble bien en tout cas que pour lui désormais les gages de bonnes volonté, ce n’est pas à lui de les donner, mais aux Etats-Unis, c’est-à-dire à la partie même qui avait pris la responsabilité de se retirer unilatéralement de l’accord de 2015. L’impasse actuelle ne serait pourtant que temporaire, à en croire les Européens notamment, pour qui la reprise des négociations serait en vue. Tel serait probablement le cas si cela ne dépendait que d’eux. Or, s’ils sont toujours parties prenantes de l’accord de 2015, ils ne sont plus que des médiateurs dans les pourparlers à l’arrêt, qui eux concernent en tout premier lieu les Etats-Unis et l’Iran, et subsidiairement la Chine et la Russie, deux alliés de l’Iran dans ce dossier comme dans d’autres. Il ne serait pas exagéré de dire qu’à Vienne, les Iraniens ont parlé aussi bien pour eux-mêmes que pour la Russie et la Chine, alors que les Etats-Unis se sont exprimés en leur nom propre comme en celui des Européens. Cette situation est d’autant plus inhabituelle que ces négociations ont été indirectes, les Etats-Unis non admis dans la salle, s’étant en effet exprimés par l’intermédiaire de leurs alliés européens. Elles ne pouvaient qu’échouer à vrai dire. Les Iraniens n’auraient pas accepté que la délégation américaine soit physiquement présente dans la salle avant d’avoir non seulement donner des gages de bonne volonté, en annonçant la levée au moins partielle des sanctions, mais également donner l’assurance que son pays ne se retirerait pas ensuite sous un prétexte ou sous un autre du nouvel accord si d’aventure celui-ci devait voir le jour. Une double condition qu’on voit mal les Etats-Unis accepter tout uniment, sans que les Iraniens soient contraints de leur côté d’y répondre par des concessions réciproques équivalentes. On sait que telle n’est nullement leur intention. S’ils sont sortis de l’accord de 2015, ce n’est sans doute pas pour le réintégrer tel quel, mais au contraire pour lui adjoindre deux volets du plus grand intérêt pour eux, l’un portant sur le programme balistique de l’Iran et l’autre sur sa politique régionale. Double condition là aussi, non moins irrecevable au point de vue des Iraniens.

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