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lundi 27 mai 2024

Libye, des élections fondatrices sous tutelle internationale

Des élections libyennes du 24 décembre, tout ce que l’on peut dire pour le moment, c’est qu’il peut en découler le meilleur comme le pire. Le meilleur si elles se déroulent pacifiquement et qu’à leur issue les résultats sont acceptés par toutes les parties prenantes, à l’est comme à l’ouest du pays, à la fois par Tripoli et par Tobrouk ou par Benghazi. Dans ce cas de figure, la Libye, encore coupée en deux au moment de l’ouverture des bureaux de vote, ne le sera le plus à la clôture du scrutin puis à l’annonce des résultats, les deux moments pouvant être séparés de plusieurs heures mais aussi de plusieurs jours. Le pire au contraire si leur déroulement est émaillé de violences, et que leurs résultats sont à la fin rejetés par ceux qui les auront perdus. L’exemple des élections irakiennes d’octobre dernier est là pour montrer que les élections sont susceptibles d’aggraver une crise au lieu de la résoudre. Toutefois les situations des deux pays ne sont pas les mêmes. L’Etat irakien existe et il est souverain. On ne peut en dire autant de l’Etat libyen, qui lui est tombé en 2011. Il s’agit justement de le reconstituer au moyen des élections de fin décembre. Pour cette raison, ces élections sont fondatrices, ou refondatrices, à condition bien sûr qu’elles se tiennent et que leurs résultats soient acceptés. Aussi paradoxal que celui puisse paraître, la condition du succès de ces élections ne dépend pas tant des Libyens que de la communauté internationale, c’est-à-dire des puissances occidentales ayant renversé militairement le régime Kadhafi. On peut imaginer ce scénario où bien que les résultats soient rejetés par des parties prenantes, cela pour une raison quelconque, bonne ou mauvaise en elle-même peu importe, mais où malgré cela ils sont acceptés par la communauté internationale. Quatre candidats se sont déjà déclarés : Seïf al-Islam Kadhafi, le maréchal Khalifa Hafter, Aguila Salah, le président du Parlement basé à Benghazi, et Fathi Bashagha, l’ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement d’entente nationale. Les trois premiers appartiennent au camp de l’est, et le quatrième à celui de l’ouest. On sait qu’un cinquième homme, Abdelhamid Dbeibah, ne demanderait qu’à se joindre à eux, ce qu’il ne peut pas aux termes de la loi électorale dans sa forme actuelle. Supposons que l’un de ces quatre, ou cinq ou plus au bout du compte, soit déclaré vainqueur par la commission électorale, et que l’ONU s’empresse de le reconnaître comme le nouveau président libyen. Les protestations des autres ne pourront rien y faire, si en plus de l’ONU, les puissances occidentales ayant renversé Kadhafi s’entendent pour entériner les résultats. Peu importe dans ce scénario les irrégularités ayant marqué le scrutin. Si un scénario de ce genre est possible, c’est parce que les Libyens ne sont pas les véritables maîtres du jeu. Et pour cause, ne disposant pas d’Etat, leur pays est de facto sous tutelle internationale. Pas d’Etat, pas de souveraineté. Or ce que veut la communauté internationale par-dessus tout, c’est qu’il y ait à nouveau un Etat en Libye, qui prenne en charge ce pays, qui le sorte de son chaos actuel, qui en soit comptable auprès d’elle. Il est évident que pour elle une mission de cet ordre sera mieux assurée par un homme fort, même largement contesté, que par quelqu’un de faible mais qui serait populaire. Ce qui compte pour elle, c’est que la Libye recouvre son unité. C’est restaurer l’Etat libyen détruit par elle en 2011. Mohamed Habili

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