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samedi 10 décembre 2022

Libye, de l’union vers l’unité

En un peu plus d’un mois, Abdelhamid Dbeibah, le nouveau Premier ministre libyen de transition, a tout réussi et obtenu : son élection-désignation à Genève ; la formation de son équipe gouvernementale, comportant entre autres deux femmes dans des postes régaliens, Justice et Affaires étrangères ; la confiance du Parlement dans des conditions indiscutables, ce qui, on s’en souvient, avait été constamment refusé à Fayaz el-Serraj. Ce n’est pas tout, à ces acquis il faut ajouter la reconnaissance de la communauté internationale, laquelle, il est vrai lui était d’avance acquise, son élévation étant parrainée par l’ONU, mais aussi celle des factions libyennes, qui jusqu’ici se disputaient le privilège de réunifier la Libye sous leur autorité exclusive. Comme maintenant il a obtenu la confiance du Parlement et qu’il a prêté serment devant lui, à son siège provisoire de Tobrouk alors qu’au départ cette cérémonie devait se dérouler à Benghazi, il ne lui reste plus qu’à se déplacer à Tripoli pour la passation des pouvoirs, ou plus exactement des consignes, étant en effet déjà investi du pouvoir, entre lui et el-Serraj, ce qui ne devrait pas tarder. Il n’a d’ailleurs pas attendu que cette formalité ait lieu pour commencer à gouverner la Libye. Le fait est qu’il ne remplace pas el-Serraj, dont le titre était celui de président du Conseil présidentiel, alors que le sien est celui de Premier ministre.

Le successeur attitré du chef du gouvernement d’union nationale qu’était el-Sarraj est Mohammed el-Menfi, le président du nouveau Conseil présidentiel. Dbeibah est Premier ministre du gouvernement d’unité nationale. Le terme d’union implique que les parties à unifier, à rendre une seule et même chose, ne le sont pas encore, qu’elles existent encore séparément. On sait que cette unité, le gouvernement conduit par el-Serraj n’a pu la réaliser. En revanche, tout se passe comme si celui de Dbeibah en disposait dès sa création. Il n’aurait pu voir le jour si d’une certaine façon elle n’était pas déjà là, qui avait favorisé son apparition. Le nouvel exécutif n’a pas à la bâtir à partir de ses composants épars mais juste à la consolider, à l’étayer, à la rendre incassable, irréversible, en premier lieu en s’attaquant aux causes susceptibles de la défaire à nouveau. Il ne dispose pas de beaucoup de temps pour accomplir cette tâche de salut national, mais tout juste de neuf mois. C’est un impératif que le président du Parlement, Aguila Salah, a tenu à lui rappeler à peine la confiance venait-elle d’être accordée. C’est là une deuxième différence que le nouvel Exécutif a par rapport au précédent, à qui il n’avait pas été fixé une limite temporelle stricte pour la réalisation de ses objectifs. Le gouvernement Dbeibah, si, puisqu’il devrait être parti dès après la tenue des élections générales du 24 décembre prochain, le jour d’après pour ainsi dire, à peine les bulletins dépouillés et les résultats annoncés. Quand l’année 2022 aura commencé il devra avoir déjà rendu le tablier. Mais un gouvernement qui aura réussi dans les délais fixés à rétablir l’unité du pays n’a-t-il pas du même coup acquis le droit, la légitimité même, de continuer à rester au service de ce même pays ? Une unité à peine restaurée pourrait en effet avoir alors besoin de ceux-là mêmes qui y ont œuvré avec succès. Et en premier lieu de leur chef, en l’espèce Abdelhamid Dbeibah. Il y a des chances pour que ce soit cette perspective que Aguila Salah avait à l’esprit en lui rappelant qu’il était à la tête d’un gouvernement dont les jours étaient comptés.

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