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mercredi 29 juin 2022

Libye, 20 000 mercenaires à faire partir

Après la reconnaissance internationale (qui du reste lui était acquise par avance, du moment qu’il ne serait pas né sans elle), puis celle à la fois de Tripoli et de Tobrouk, la seconde étant à ce jour plus prononcée que la première, il reste au gouvernement libyen de transition emmené par Abdelhamid Dbeibah un autre défi à relever en vue d’asseoir son autorité et garantir du même coup le succès de sa mission. D’ailleurs il obtenait à peine la confiance du Parlement à Syrte, il y a maintenant une semaine, qu’il s’y attaquait déjà en enjoignant aux 20 000 mercenaires qu’on estime présents en Libye de quitter sur-le-champ le pays. En fait, ce départ est sa priorité. Il était déjà celui de la Manul, la Mission onusienne pour la Libye, qui l’avait porté lui sur les fonts baptismaux. Par tactique sûrement, il s’était exprimé à cette occasion comme si ces groupes étrangers ne relevaient que d’eux-mêmes, qu’il ne dépendait que d’eux de s’en aller ou de rester. La réalité, c’est qu’ils sont là à la demande des factions libyennes. C’est elles qui les avaient fait venir. Leurs alliés étrangers les leur avaient envoyés pour étoffer leurs rangs. 20 000 est un nombre élevé. Sans une partie de ces combattants venus de l’étranger, et surtout sans leur armement et leur savoir-faire, Tripoli serait tombé depuis plusieurs mois déjà. Le maréchal Hafter serait aujourd’hui le nouveau maître de la Libye.

C’est son échec devant tripoli qui à vrai dire a ouvert la voie à la solution politique qu’on voit se mettre en place. Les mercenaires ont donc été, malgré eux sans doute, une partie de cette solution, de même d’ailleurs qu’ils ont été dans le même temps une partie du problème. D’autant mieux d’ailleurs qu’ils étaient présents aussi bien du côté des défenseurs que des assaillants. A partir de maintenant, ils ne peuvent rester protagonistes de la solution que dans la mesure où ils quittent la Libye. De sorte qu’il dépend encore d’eux que la Libye parvienne à surmonter sa crise ou qu’elle y retombe de tout son poids au contraire. Bien entendu, leur départ ne dépend pas d’eux, ni non plus peut-être de ceux qui en Libye leur ont fait appel, mais en tout premier lieu de ceux qui les y ont dépêchés. Plusieurs Etats se sont trouvés impliqués dans la crise libyenne, mais vers la fin deux seulement ont dominé la scène : à l’ouest la Turquie, et à l’est l’Egypte. Il se trouve qu’ils sont maintenant engagés dans un processus de rapprochement, pour des raisons d’ailleurs qui ne sont pas essentiellement libyennes, encore qu’elles soient méditerranéennes. Leur réconciliation serait déjà effective si cela ne tenait qu’à la Turquie, qui a besoin de l’Egypte pour garantir sa part des hydrocarbures en Méditerranée sans pour cela passer par un conflit avec la Grèce. Ce rapprochement évidemment ne se produirait pas si elles continuaient de s’opposer en Libye. Dans ce cas de figure, c’est la Turquie qui nuirait à ses intérêts, en aucune façon l’Egypte, qui se reconnait pleinement dans le processus politique actuel. Elle risque de perdre alors sur les deux tableaux, tant en Méditerrané qu’en Libye. A voir l’empressement dont elle fait preuve aujourd’hui à rétablir ses relations avec l’Egypte, alors que celle-ci fait monter le prix de son acceptation, il semble bien que l’objectif du gouvernement Dbeibah consistant à faire partir les mercenaires soit plus aisément réalisable qu’il n’y paraissait auparavant.

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