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dimanche 2 octobre 2022

Les timides premiers effets économiques de la guerre

A près maintenant un mois de guerre en Ukraine, il n’y a qu’un pays dont l’économie s’en ressent déjà jusqu’à un certain point : la Russie. Et cela non pas d’ailleurs du fait de la guerre directement, mais en raison des sanctions économiques et surtout financières prises par les Occidentaux, et leurs alliés que sont le Canada et l’Australie, à son encontre à titre de représailles pour son invasion de l’Ukraine. Le gel de ses avoirs déposés dans les banques occidentales, dont le montant s’élève tout de même à quelque 300 milliards de dollars, est de nature à lui faire faire défaut sur les échéances les plus proches de sa dette souveraine. Cette mesure concertée est d’ailleurs conçue pour produire cet effet, qui à son tour devrait en entraîner d’autres, avec, à terme, sa complète exclusion du système financier mondial, et donc des échanges commerciaux à l’échelle mondiale, aussi longtemps qu’elle persiste dans son action militaire en Ukraine. Tel est du moins le calcul des Occidentaux. Il ne se concrétiserait pleinement que dans la mesure où la communauté internationale le reprenait à son compte.

Ce qui n’a aucune chance de se réaliser, beaucoup de pays, et non des moindres, comme la Chine et l’Inde, refusant de s’inscrire dans l’ostracisme prononcé contre la Russie par les Occidentaux. Le défaut de la Russie sur sa dette souveraine, notamment pour ce qui est des emprunts en dollar, n’en reste pas moins un scénario plausible à brève échéance. Il ne semble pas qu’il ait le cas échéant un effet dévastateur sur l’économie mondiale. Celle-ci a beaucoup plus à craindre en revanche de l’aggravation de l’inflation, qui déjà, dans bien des économies, constitue le principal souci des pouvoirs publics. A près de 8 % aux Etats-Unis, elle est déjà, indépendamment de la guerre, à un niveau qu’elle n’a pas atteint depuis plusieurs décennies. La guerre en Ukraine est de nature à la pousser plus haut encore, jusqu’à la rendre galopante. L’inflation serait alors le visage de cette guerre partout où celle-ci n’a pas lieu pour de vrai. Il y a des chances qu’elle monte en flèche si la guerre était appelée à tirer en longueur. Les Occidentaux ont pris des sanctions, et de maximales, contre la Russie. Celle-ci n’en a pris encore aucune de celles qui auraient pour effet de faire grimper l’inflation et de faire vraiment mal. Malgré la guerre, son gaz et son pétrole sont toujours distribués en Ukraine et ailleurs en Europe. Les économies occidentales, en premier lieu les plus dépendantes de l’énergie russe, seraient frappées de plein fouet si la Russie prenait la décision de couper ses approvisionnements. On verrait alors que le plus important en situation de guerre, ce ne sont pas les matelas en dollars, gelés ou encore parfaitement liquides, mais la production de blé de son agriculture et des matières premières en quantité suffisante, gaz et pétrole en tout premier lieu. Il y a des pays qui sous ce rapport sont mieux pourvus que d’autres, qui donc peuvent tenir plus longtemps avec des échanges extérieurs réduits à leur plus simple expression. La Russie est bien mieux armée pour vivre sur ses propres ressources que les pays européens, d’autant qu’ils ont pour la plupart pris en quelque sorte grand soin de se désindustrialiser au cours de ces dernières décennies. Enfin, comme il se trouve que la Russie et l’Ukraine comptent parmi les plus grands producteurs de blé, la guerre qu’elles se font est susceptible de se traduire par de la famine ailleurs dans le monde, si elle devait se prolonger indéfiniment.

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