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dimanche 26 juin 2022

Les staffs médicaux appréhendent la nuit du 27e jour du ramadhan: Les circoncisions collectives et les risques de complications

La société algérienne pratique chaque année la circoncision collective la veille du 27e jour du mois sacré du ramadhan, ce qui provoque dans la plupart du temps des complications et des risques eu égard au grand nombre d’enfants. C’est pourquoi, plusieurs experts de la santé appellent les parents a éviter les circoncisions collectives et à confier cette opération à un médecin chirurgien dans un environnement sûr.

Par Thinhinane Khouchi

A deux jours de la veille du 27e jour du mois sacré, les staffs médicaux s’activent pour préparer au mieux cette soirée, car de nombreuses familles algériennes préfèrent circoncire leurs enfants ce jour-là, ce qui provoque souvent des perturbations au niveau des établissements de santé. Afin d’éviter ce rush, plusieurs spécialistes ont appelé les parents à choisir d’autres jours pour circoncire leurs enfants. Pour Dr Imane Louisa Djedda, maître-assistante à l’Etablissement public hospitalier (EPH) Hassan-Badi d’El Harrach, «la circoncision collective la veille du 27e jour du mois sacré du ramadhan, organisée souvent par des associations, provoque dans la plupart du temps des complications et des risques, eu égard au grand nombre d’enfants». Elle a également relevé la «nécessité de confier cette opération à un médecin chirurgien dans un environnement sûr, où toutes les conditions matérielles sont préparées, bloc opératoire et matériel stérilisé», afin d’éviter «des drames comme celui qui s’est produit il y a quelques années où 13 enfants à la ville d’El-Kharroub (Constantine) ont été pris en charge voire même à l’étranger pour réparer les dégâts. Malheureusement, la médecine n’a pas pu faire grand-chose». Il est préférable , donc, que la circoncision soit pratiquée durant l’année par un spécialiste en chirurgie pédiatrique, en faisant passer au bambin des analyses préalables pour éviter des complications en cas d’atteinte de diabète, d’hémophilie ou d’une malformation congénitale, a-t-elle expliqué, se remémorant certains cas où des saignements ont été hémorragiques et parfois létaux. Et de rappeler que «l’EPH d’El Harrach a déjà reçu des enfants qui ont été exposés à de nombreuses complications après une circoncision effectuée pendant le mois sacré, alors qu’aucun autre cas n’a été déploré pendant le reste de l’année».
Il est nécessaire de respecter les instructions du ministère qui a mis en garde contre la pratique de la circoncision collective en dehors d’un environnement hospitalier, d’autant plus qu’«il n’existe aucune preuve dans la religion prouvant que cette opération doit se faire la veille du 27e jour du mois sacré». De son côté, la présidente de l’Association nationale des hémophiles, Latifa Lamhène, a fait remarquer qu’en dépit de «l’amélioration des opérations de circoncision par rapport aux années précédentes, certaines familles s’aventurent encore dans la circoncision de leurs enfants à domicile par un paramédical ou un médecin généraliste et ne respectent pas les directives du ministère». Elle a cité, dans ce cadre, le cas d’un garçon de trois mois qui a eu une hémorragie et a été sauvé à l’hôpital de Béni Messous à Alger, après avoir subi une opération de circoncision dans la wilaya de Laghouat sans avis médical préalable, car la famille ignorait qu’il était hémophile. A cette occasion, elle a rappelé qu’au cours des dernières années, plusieurs médecins ont refusé de circoncire les personnes atteintes d’hémophilie, par crainte d’hémorragie, ce qui a poussé certains d’entre eux à se déplacer à l’étranger pour effectuer cette opération, et très peu d’entre eux ont dépassé la trentaine sans en bénéficier. Elle a salué le rôle joué par le ministère de la Santé dans l’organisation, l’amélioration et la sécurisation de cette opération que la société considère comme «facile» alors qu’elle peut entraîner des complications en l’absence de conditions appropriées. Pour sa part, la sous-directrice chargée des maladies non transmissibles au ministère de la Santé, le Dr Djamila Nadir, a affirmé que «dans un souci de prévention, la circoncision doit être pratiquée de manière organisée et régulière et dans de bonnes conditions sanitaires». Dans ce contexte, elle a souligné «la nécessité de respecter les consignes du ministère pour éviter les complications et exposer les enfants à des infections». Pour rappel, le ministère de la Santé avait publié un communiqué le 14 avril, dans lequel il a indiqué qu’«il est strictement interdit de pratiquer la circoncision des enfants en dehors des services chirurgicaux des établissements hospitaliers publics et des cliniques privées, et ce, sur tout le territoire national». Le ministère avait recommandé d’«étaler le programme des circoncisions durant le mois de ramadhan et ne pas limiter la programmation entre la nuit du 15e ou la veille du 27e jour du même mois», rappelant la réglementation en vigueur, à savoir la réunion des différentes conditions nécessaires à cette opération.
T. K.

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