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lundi 26 septembre 2022

Les négociations de Vienne reprendront-elles ?

Le plus étonnant dans les négociations de Vienne, en vue de redonner vie à l’accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien, c’est que tant qu’elles se déroulaient, le sentiment général, régulièrement entretenu par les déclarations des parties prenantes, c’est qu’à l’allure où elles allaient, leur aboutissement était pour bientôt. Si bien que personne ne s’est attendu à ce qu’elles s’interrompent brusquement. Mais dès ce moment, l’optimisme a cessé d’être de rigueur, même si jusqu’à présent il ne s’est pas encore transformé en son opposé. N’empêche, ce qui serait à contre-courant aujourd’hui, c’est qu’elles reprennent justement. Une des explications avancées pour leur arrêt renvoie à la transition en Iran, avec un président arrivant au terme de son mandat et un autre s’apprêtant à lui succéder. Dans de telles conditions, en effet, il est toujours préférable d’attendre que la transition se fasse. Or, dans le cas de l’Iran, ce serait faire bon marché du fait que dans les grandes questions, le vrai décideur n’est pas le président mais le Guide de la Révolution, qui lui ne change pas. En dernière analyse, l’explication de cet arrêt ne tient pas aux circonstances mais à un désaccord de fond. Non pas d’ailleurs entre l’Iran et les pays avec lesquels il négocie de vive voix, mais entre lui et les Etats-Unis, auquel en l’espèce il parle indirectement, par l’intermédiaire des autres parties prenantes à l’accord de 2015.

On ne connaÏt pas d’exemple d’un pays qui n’entend pas seulement réintégrer un accord dont il s’était retiré unilatéralement, mais le transformer profondément au préalable. Les Etats-Unis auraient pourtant intérêt à se contenter de revenir dans l’accord inchangé, puisque de la sorte ils auraient au moins la possibilité de vérifier que l’Iran ne change pas la destination de son programme nucléaire, qu’il s’en tient rigoureusement à ce qui a été convenu à cet égard avec lui. Cela ils le savent ; mieux, il leur arrive encore de le reconnaître. Leur superbe en prendrait sans doute un coup s’ils n’avaient que leur retour dans l’accord à espérer. Et puis il y a autre chose, il y a les alliés dans la région, en premier lieu Israël, qui pour sa part ne veut pas seulement que l’Iran ne puisse pas fabriquer matériellement la bombe, mais qu’il ne puisse même pas avoir les capacités, les compétences intellectuelles pour envisager à l’avenir une chose pareille. De là son recours à l’assassinat des savants iraniens, en attendant de pouvoir détruire les installations nucléaires elles-mêmes. Si demain ces installations n’existaient plus, il continuerait probablement de vouloir liquider physiquement ceux des Iraniens dont il sait qu’ils sont capables de les reconstruire. Pour lui, il n’existe donc pas d’accord acceptable avec l’Iran. Si au lieu de celui-ci, c’est un autre pays de la région qui se montrait capable de se doter d’un programme nucléaire, Israël s’attaquerait à lui tout aussi implacablement. L’intérêt des Etats-Unis n’est pas tout à fait celui-là, bien qu’ils conditionnent la levée de leurs sanctions à la réécriture de l’accord de 2015, et de manière à ce que leur contrôle s’étende au programme balistique iranien et même à sa politique régionale. Ils ne semblent pas s’apercevoir qu’aucun pays au monde n’accepterait de pareilles conditions. La guerre lui semblerait préférable, d’autant plus s’il a des raisons de penser qu’il ne la mènerait pas le cas échéant sans l’aide de sûrs et puissants alliés.

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