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mardi 27 février 2024

Les FAS contre les FSR

Il est impossible pour l’heure de savoir ce qui se passe réellement dans Khartoum, où se concentrent les affrontements entre l’armée et les Forces de soutien rapide mais où cependant le conflit ne se réduit pas. Du moins sait-on que si les gens en treillis bougent, les civils eux sont terrés, ce qui d’ailleurs ne les met pas toujours à l’abri. Plus de la moitié des civils ayant péri, disent maintenant les médecins, auraient pu être sauvés si les secours avaient pu leur parvenir. Il faut donc croire que la ville appartient aux groupes armés relevant des deux factions en lutte pour le pouvoir. En parler de la sorte, comme à peu près tout le monde le fait, c’est mettre sur un pied d’égalité deux hommes d’abord, deux généraux, mais aussi deux armées, alors même que l’une a toujours existé et que l’autre est une milice en voie d’intégration au sein des Forces armées soudanaises (FAS) depuis seulement quelques années. Il n’y aurait pas de guerre aujourd’hui si ce processus d’intégration était achevé. Intégration n’est pas fusion, du moins au point de vue des FAS, mais au contraire de ce que pensent les FSR, les Forces de soutien rapide que dirigent Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti.

Dans le cas de l’intégration, les FSR se fondent, autant dire disparaissent dans les FSA, dont rien ne change par conséquent sinon les effectifs. Dans le cas d’une fusion, c’est une nouvelle armée qui serait créée par la disparition des deux existantes. Dans le premier cas, le chef reste le chef actuel, c’est-à-dire Abdel Fattah al-Burhan, sans que Dagalo soit même assuré de conserver son poste actuel d’adjoint. C’est pourtant faire dans le réductionnisme de supposer que la guerre qui commence n’a d’autre cause que la rivalité des deux hommes. Si d’autres qu’eux se trouvaient à la tête des FSA et des FSR, la guerre n’en serait pas moins inévitable, deux armées ne pouvant coexister au sein d’un même pays. Forcément une est de trop, et de ce fait doit disparaître. L’armée soudanaise est bien en butte à une rébellion, qu’elle n’a d’autre choix que de réduire. Il n’y a rien de fondamentalement soudanais dans ce que l’on voit aujourd’hui au Soudan. L’Algérie aurait pu connaître la même dualité si les groupes d’auto-défense mis sur pied dans la lutte contre le terrorisme au cours de la décennie noire n’avaient pas été strictement encadrés et dissous au moment idoine. Les FSR sont le produit des circonstances, mais de circonstances auxquelles elles ont survécu. Un pays qui pour venir à bout d’une rébellion se dote d’une armée irrégulière à côté de celle qu’il a déjà prépare le terrain à une nouvelle rébellion. Le groupe Wagner n’est quasiment rien devant l’armée russe, et pourtant il arrive déjà à son patron Evgueni Prigojine de tenir des propos désobligeants envers les chefs de cette dernière. Qu’est-ce qu’il ne ferait pas si au bout d’un certain temps il parvenait à se constituer une force qui toutes proportions gardées équivaudrait à celle de Hemedti ? Nul doute que dans une guerre classique, les FAS l’emporteraient facilement sur les FSR. Seulement voilà, il n’y a rien de classique ni même de connu dans la guerre qui commence. Jusqu’à ces tout derniers moments, le mot même de guerre semblait inapproprié pour désigner ses violences. Ce n’est plus le cas. Ce mot s’impose désormais. Du même coup, on ne sait plus qui des deux forces est la mieux faite pour l’emporter. La guerre a éclaté dans les rues de Khartoum et au milieu de ses habitants. Il se peut qu’elle s’étende à d’autres régions du pays, mais tout en restant une guerre où le champ de bataille principal, sinon unique, est la rue.

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