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mercredi 28 septembre 2022

Les Etats-Unis sont-ils réellement prêts à défendre Taïwan ?

Les Etats-Unis, et à leur suite l’Otan, ont avancé deux raisons majeures à l’appui de leur refus d’intervenir avec leurs propres troupes en Ukraine. La première, c’est que l’Ukraine, bien que très amie avec l’Otan, à la porte de laquelle elle frappe depuis maintenant des années, n’en est cependant pas membre. Pour ce qui la concerne, elle ne pourrait même pas le devenir, aussi longtemps en tout cas qu’elle est en guerre avec la Russie, ou seulement qu’il y a possibilité de guerre avec elle. Pour devenir membre de l’Otan, l’une des conditions justement, est qu’il ne faut couver aucune guerre en faisant acte de candidature, être à ce moment en paix avec le monde entier. Si bien que si l’Ukraine tient toujours autant à intégrer l’Otan, comme d’ailleurs lui en fait obligation sa propre Constitution, il lui faut commencer par faire la paix avec la Russie. L’autre raison invoquée par les Américains, c’est que la Russie étant détentrice de l’arme nucléaire ne perdrait pas la guerre si elle devait la mener contre d’autres puissances nucléaires. Les Etats-Unis se sont servis de cet argument également pour refuser de livrer à l’Ukraine des armes avec lesquelles elle aurait été capable de porter les hostilités sur le sol russe.

S’ils ont fini par accepter de livrer des lance-roquettes multiples de moyenne portée, ils se gardent toujours de donner à l’armée ukrainienne ce même type d’armes mais de longue portée. Le secrétaire d’Etat Antony Blinken, encore récemment, a expliqué aux Ukrainiens que le président Biden n’avait toujours aucune envie de déclencher une troisième guerre mondiale. Il faut dire que dès le début de la guerre, les Russes avaient particulièrement insisté sur ce point : si jamais les villes russes sont attaquées, leur réponse frappera les centres mêmes qui auront rendu cela possible. Ces deux raisons majeures rendant compte du choix fait par les Américains de la guerre par procuration en Ukraine valent aussi dans le conflit sino-taiwanais. Les Américains se disent pourtant disposés à défendre Taïwan si celle-ci est attaquée par la Chine, comme l’Ukraine l’est par la Russie. Or, d’une part, il n’existe pas de traité de défense mutuelle entre les Etats-Unis et Taïwan, et d’autre part, la Chine, l’attaquant potentiel, est une puissance nucléaire elle aussi. Pourquoi ce qui joue s’agissant de la Russie ne joue plus s’agissant de la Chine ? Les Américains ne veulent pas d’une guerre avec la Russie, mais ils ne reculent pas devant la perspective d’en faire une à la Chine dans le cas d’une invasion par elle de Taïwan, malgré le péril nucléaire, tout aussi présent en l’espèce. Ils se montrent prêts à défendre par les armes un pays qu’ils ne reconnaissent même pas, bien qu’ils soient proches de lui. Un pays qu’ils reconnaissaient, puis avec lequel ils ont rompu, juste pour normaliser leurs relations avec la République populaire de Chine, c’est-à-dire avec Pékin. Un pays qu’ils n’osent pas appeler par son nom officiel, celui qu’il se donne à lui-même : la République de Chine, et cela pour éviter les protestations de la Chine «une et indivisible», celle dont la capitale est Pékin. La première chose que s’empresserait de faire un Etat réellement désireux d’en défendre un autre, qu’il estime en danger, c’est d’établir avec lui des relations diplomatiques. La deuxième, c’est de passer avec lui un accord de défense mutuelle. Rien de tel ne semble être dans les plans de l’administration Biden. Dès lors, on comprend que pour Pékin la visite de Nancy Pelosi soit pure provocation.

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Le 28 Septembre 2022

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