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lundi 20 mai 2024

Les Etats-Unis à bout de patience

 

L’assassinat, car il n’y a pas d’autre mot, par Israël des sept membres de World Central Kitchen a fait l’effet sinon de la dernière goutte faisant déborder le vase de la patience américaine, du moins de celle qui la précède immédiatement. En effet, si Israël par cet acte cynique dont les victimes ont été des Occidentaux avait commis le crime de trop, et non pas celui qui vient juste avant, les Etats-Unis auraient fait plus qu’exiger de lui un changement dans la façon dont il mène la guerre, ils se seraient désolidarisés dès cet instant de lui, ce qu’ils ne font pas encore. Ils en sont encore à penser qu’il peut s’amender, rectifier le tir, se racheter, en s’efforçant en particulier de tuer moins de Palestiniens civils qu’il ne l’a fait jusqu’ici, tenir compte des opinions des pays qui continuent de lui fournir aide matérielle et soutien politique, au premier rang desquels bien sûr les Etats-Unis. Le président américain a posé ses conditions lors de sa communication avec le Premier ministre israélien de jeudi dernier, bien plus qu’il n’a dialogué avec lui. Il a exigé une augmentation notable du flux de l’aide humanitaire entrant dans Ghaza, l’ouverture de nouvelles voies d’accès devant elle. Il a enjoint à Netanyahou de se montrer plus sérieux dans la recherche d’un cessez-le-feu, seul moyen d’améliorer la situation humanitaire comme d’obtenir la libération des otages. Et d’après les comptes-rendus américains, il a pour la première fois fait dépendre la poursuite de l’aide américaine au degré de satisfaction par Israël de ces conditions. Au total, Joe Biden a tenu avec Netanyahou un langage nouveau, que ce dernier non seulement a compris, mais qu’il a aussitôt commencé à mettre en application, puisque ses services ont peu de temps après annoncé la réouverture du passage d’Erez, fermé depuis le 7 octobre, et l’autorisation accordée aux bateaux venant de Chypre d’accoster au port d’Ashdod. Cela n’aurait pas été possible si Netanyahou n’avait pas compris que la patience de Biden était à bout, et que la pousser plus loin pourrait avoir un effet désastreux sur Israël. D’après les communiqués américains, Biden est même allé jusqu’à refuser de parler d’une quelconque offensive sur Rafah, comme si pour lui cette page était tournée. De fait, il est fatal que cette offensive donnerait lieu à un tel déchaînement de violence de la part d’Israël qu’il ne serait plus question d’amélioration de la situation humanitaire, à laquelle tient par-dessus tout l’administration américaine, qui mesure chaque jour avec plus de précision l’étendue du mécontentement au sein de son électorat pour son soutien inconditionnel à Israël. Les dernières primaires démocrates, au Wisconsin, à Rhode Island, au Connecticut, ont confirmé la poussée du mouvement de refus de la guerre, et notamment dans un certain nombre de Swing States, ces Etats au vote changeant dont dépend l’élection présidentielle. Ces Etats seront perdus si les votes dits non-engagées (non engagées dans la réélection de Biden) lors des primaires donnent lieu à d’autant d’abstentions le 5 novembre prochain. Il se trouve par ailleurs que Donald Trump tient désormais un discours inattendu sur la guerre, engageant Israël à la terminer sans plus attendre, sinon il se retrouverait complètement isolé dans le monde. Trump, certes, n’en est pas encore à dire qu’à la place de Biden il obligerait dès à présent Israël à conclure un accord de cessez-le-feu avec la résistance palestinienne, mais on sent bien qu’il n’en est plus très loin.

 

Mohamed Habili

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