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dimanche 2 octobre 2022

Les deux systèmes du monde selon Joe Biden

A sa première conférence de presse formelle, tenue le 25 de ce mois, Joe Biden n’a eu à répondre à aucune question sur ce que vont devenir ses relations avec le président russe Vladimir Poutine qu’il avait qualifié précédemment de tueur. Lui-même l’a pourtant bien nommé, une ou deux fois, mais en passant, dans sa longue réponse à une question sur la Chine. En matière de politique étrangère, il lui a été posé trois questions. La première concernait le retrait militaire d’Afghanistan, qu’il ne croit pas possible dans un délai aussi court que celui fixé par son prédécesseur ; la seconde, les tirs de missiles balistiques effectués récemment par la Corée du Nord, un sujet sur lequel il ne s’est guère attardé ; la troisième sur la Chine, un sujet sur lequel il n’aurait demandé au contraire qu’à s’étendre. Je connais bien Xi Jinping, a-t-il dit, et cela pour avoir passé avec lui de longues heures en tête à tête. C’est quelqu’un d’intelligent, mais c’est un autocrate, un point commun qu’il a avec Poutine. Chaque fois que je l’ai rencontré, en tant que vice-président des Etats-Unis, je lui ai bien fait comprendre que nous ne cherchions pas la confrontation avec la Chine, mais que nous allions entrer avec elle dans une rude compétition. A cette époque il n’était que vice-président, mais il était déjà évident qu’il était l’homme fort dans son pays.

Ce privilège (un mot non prononcé par Biden, mais implicite dans ses propos), qui m’a permis de bien le connaître, je le dois au fait qu’il n’était pas approprié pour le président des Etats-Unis de discuter directement avec quelqu’un qui n’était pas de son rang. Je peux vous dire que c’est un homme intelligent, et qui de plus ne fait pas semblant de ne pas vous comprendre. Et Biden de souligner ce qui le sépare du président chinois, quelqu’un qu’il semble apprécier en tant que personne. Lui c’est un autocrate, et moi un démocrate. Il croit à l’autocratie, je crois à la démocratie. J’ai toujours insisté avec lui sur un point capital : que nous les Américains ne cesseront jamais d’attirer l’attention du monde sur les atteintes aux droits de l’homme inhérentes à votre régime politique. La Chine veut devenir la première puissance au monde, c’est son droit. Son intention est bien de prendre la place des Etats-Unis. Nous allons tout faire pour l’en empêcher. Mais ce ne sera pas à travers la confrontation (militaire), mais à travers la compétition sans concession dans tous les domaines. Biden ne va pas jusqu’à dire que la Chine a déjà pris les devants, mais il le laisse entendre en disant que la Chine dépense plus dans la recherche scientifique. Egalement dans les infrastructures, bien meilleures que les nôtres, qui se classent loin derrière, à la 17e place dans le monde. Dans les années 1960, c’est-à-dire il y a plus d’un demi-siècle, les Etats-Unis consacraient 2 % de leur PIB à la recherche scientifique, ils n’en dépensent plus que 0,7 %. (Il leur en faudrait plus pour rattraper leur retard). Cela, il ne le dit pas positivement, mais à l’évidence il le pense, et c’est d’ailleurs de la sorte que l’entendront ses concitoyens. Ce qu’il ne dit pas d’une façon générale, c’est que la Chine est devant les Etats-Unis dans bien des domaines. Il s’agit pour eux de la rattraper en mobilisant leurs forces. C’est-à-dire en jouant de leur suprématie en matière financière, le seul domaine où ils sont encore sans rival, un avantage sur lequel il ne dira mot. La compétition impitoyable entre les deux systèmes du monde, la démocratie et l’autocratie, a commencé. Les Etats-Unis ont encore les moyens d’en sortir vainqueurs. Ils restent une superpuissance à côté de la Chine. Déclassement donc de la Russie, d’où le mépris affiché de Biden pour son président. Un mépris qui n’annonce rien de bon.

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