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dimanche 21 avril 2024

Les deux fers au feu de Zelensky

Dans un premier temps, le président ukrainien, Volodymyr Zelenski se tuait à dire à l’Otan à peu près ceci : établissez la zone d’exclusion aérienne dans notre ciel, c’est dans votre intérêt comme dans le nôtre ; autrement nous ne tiendrons pas longtemps, nous serons écrasés sous le rouleau compresseur russe, et ce ne sera pas bon pour vous. Et si vous ne le voulez pas, ou que vous ne le pouvez pas, par crainte par exemple d’une guerre avec les Russes, alors donnez-nous des avions pour que du moins nous puissions nous défendre, plus ou moins à armes égales avec eux. Mais voici ce qu’il dit à présent sur le même sujet et à la même adresse : établissez la zone d’exclusion aérienne, sinon c’est sur vous que vont pleuvoir leurs bombes, d’autant que chez nous elles auront bientôt tout détruit. Vous ne voulez pas fermer notre ciel dans notre intérêt ? Faites-le dans le vôtre uniquement, autrement les avions russes vont le franchir pour passer dans le vôtre, et vous en faire voir comme à nous de toutes les couleurs. Il faut rendre cette justice à Zelensky : il n’a pas attendu pour lancer cet avertissement que les Russes bombardent avec une précision chirurgicale la base de l’Otan (les Russes parlent quant à eux de deux bases) à l’ouest de Lviv, si près de la frontière avec la Pologne – ou plutôt, comme il faut dire maintenant, tout près de la frontière avec l’Otan.

A noter que le porte-parole du Pentagone n’a pas attendu longtemps avant de faire savoir qu’il n’y a pas eu de militaires américains dans le nombre des morts laissés par l’attaque, pour la bonne raison qu’il n’y en avait pas de présents à ce moment, ils étaient partis depuis longtemps. Il s’est gardé de dire de quelle(s) nationalité(s) étaient ceux qui s’y trouvaient et qui avaient été pulvérisés. Pas plus qu’il n’a relevé que quels qu’ils aient pu être, ils appartenaient à l’Otan, et qu’à ce titre, ils en valaient bien d’autres. A noter aussi que John Kirby n’a pas dit positivement : heureusement, il n’y avait pas d’Américains parmi les morts. Son soulagement n’en était pas moins visible, et audible. Ces paroles de Kirby en évoquent d’autres, celles du conseiller à la sécurité Jake Sullivan qui lui à la suite de la même attaque à la frontière de la Pologne a menacé la Russie de l’application immédiate de l’article 5 du traité de l’Otan, si une seule de ses balles était tirée sur l’Otan, voulant dire par là sur l’un ou l’autre membre de l’Otan. Libre à elle de massacrer tout soldat de l’Otan se trouvant en Ukraine et qu’elle a pu dénicher, mais qu’elle ne s’avise pas de diriger ses tirs sur l’un ou l’autre de ses membres, sinon sa riposte sera aussi massive que foudroyante. Dans le même temps où Zelensky demandait à l’Otan d’agir conformément à sa propre sécurité et non plus à celle de l’Ukraine, il faisait savoir que les négociations avec la Russie prenaient une tournure prometteuse, qu’une rencontre entre lui et son homologue russe était même sérieusement envisageable. Cette appréciation n’est pas en contradiction avec celle des Russes, au contraire elle la conforte. Si les armes se taisaient, ce qui serait un retournement spectaculaire, ce ne serait pas pourtant sans que l’Otan y soit pour quelque chose. Non pas toutefois pour avoir soutenu l’Ukraine, mais pour
l’avoir abandonnée à son sort.

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