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jeudi 1 décembre 2022

Les annonces du 9 mai

Si depuis le 24 février, premier jour de la guerre chez eux, les Ukrainiens ont cru qu’il ne se passait désormais plus de jour, peut-être même plus d’heure, sans qu’ils se rapprochent de l’entrée à la fois dans l’Union européenne et dans l’Otan, ils savent depuis ce 9 mai, Jour de la Victoire en Russie, et Jour de l’Europe sur le continent, qu’il n’en est rien, qu’ils ont encore bien du chemin à parcourir avant de devenir des Européens comme les autres, si tant est qu’ils tiennent jusqu’à ces calendes-là. Deux dirigeants européens, et non des moindres, puisqu’il s’agit en l’occurrence du président français et du chancelier allemand, ont tenu le même jour à le leur signifier en des termes plutôt précis. Eux-mêmes n’ont pas arrêté de dire depuis le premier jour de la guerre qu’ils ne se battaient pas seulement pour eux-mêmes mais pour tout l’Occident, qui serait menacé par la Russie non moins que leur pays, et voilà que pour récompense de leurs sacrifices pour la cause commune, on leur apprend qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, que des décennies de purgatoire ne suffiraient peut-être pas à les dégrossir, à les affiner, les rendant aptes à faire partie de l’Union. D’autres ne se sont donné pour cela que la peine de frapper à la porte, et celle-ci leur a été ouverte en grand, en général au bout d’un temps raisonnable, suffisamment court en tout cas pour qu’ils n’aient pas à perdre patience, à la différence de la Turquie.

Mais eux qui pourtant se battent si héroïquement de l’aveu de tous contre l’ennemi commun, qui le bloquent chez eux, quitte à subir ce faisant toute sa furie, eux par contre se voient par les deux principaux personnages de l’Union appeler à montrer une patience infinie. Certes, ces derniers ne sont pas allés jusqu’à leur refuser tout net l’admission, mais au regard du peu d’empressement qu’ils montrent à les accueillir, cela au fond ne revient-il pas au même ? Un sentiment d’ailleurs renforcé par la proposition commune aux deux dirigeants de créer une nouvelle communauté européenne, à côté de celle qui existe déjà, et à laquelle les Ukrainiens pourraient en revanche appartenir… à côté entre autres de ces brexiters forcenés de Britanniques. Un peu comme si on tenait à les avertir que dans la maison commune ils ne seraient jamais que hors d’elle si près qu’ils puissent se rapprocher d’elle. Les Américains eux aussi ont attendu le 9 mai pour faire une annonce importante, celle de revenir à une loi adoptée pendant la Deuxième Guerre mondiale permettant à leur exécutif d’envoyer vers le champ de bataille autant d’armes que nécessaire, sans avoir à demander au préalable l’aval du Congrès. Une initiative qui montre, soit dit en passant, bien que pour eux la guerre en Ukraine est d’ores et déjà une guerre mondiale. Il ne lui manque pour l’être tout à fait que leur intervention directe, qui probablement serait déjà effective sans l’équilibre de la terreur. Mais si l’Ukraine n’est pas près d’intégrer l’Europe, peut-elle du moins espérer devenir membre de l’Otan à une échéance plus brève ? Une question d’actualité s’il en est. D’une part parce que de l’avis des membres de l’Otan, l’Ukraine se bat déjà pour tout l’Occident, et de l’autre parce qu’un sommet est prévu fin juin à Madrid, où il faudra bien l’aborder. Jusqu’au 9 mai, on avait tendance à penser que l’Ukraine avait bien plus de chances d’entrer en premier dans l’Union européenne que dans l’Otan. Voilà qu’il faut renverser la perspective, et l’imaginer entrant en premier dans l’Otan, ensuite seulement dans l’Union européenne.

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